NOUVELLES

Nigeria: un mois de captivité pour les lycéennes enlevées, Abuja ouvert au dialogue

14/05/2014 04:44 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

Un mois jour pour jour après l'enlèvement par Boko Haram de quelque 200 lycéennes au Nigeria, le geste d'ouverture du pouvoir, qui s'est dit prêt finalement à négocier avec le groupe islamiste, et l'aide apportée par plusieurs pays dont les Etats-Unis alimentent l'espoir d'une libération.

Alors qu'il avait initialement refusé d'envisager tout échange entre des détenus islamistes et les 223 lycéennes otages - ce que demandait le chef de Boko Haram Abubakar Shekau dans la vidéo montrant les jeunes filles diffusée lundi - le gouvernement nigérian s'est dit mardi soir "ouvert au dialogue".

Il a dans le même temps demandé la prolongation de l'état d'urgence en vigueur depuis exactement un an dans trois Etats du nord-est du pays, fiefs du groupe islamiste.

"Le Nigeria a toujours été ouvert au dialogue avec les insurgés", a déclaré à l'AFP le ministre des Affaires spéciales Taminu Turaki, qui a dirigé l'année dernière un comité chargé de réfléchir à un programme d'amnistie avec Boko Haram. "Nous sommes prêts à discuter de tous les problèmes, et les lycéennes enlevées à Chibok en font partie".

Le 14 avril, Boko Haram enlevait 276 jeunes filles dans leur école de Chibok, situé dans l'Etat de Borno, un des fiefs du mouvement. Plusieurs dizaines d'entre elles sont parvenues à s'enfuir, mais 223 lycéennes restent aux mains du groupe radical.

Toutes ont désormais été "identifiées comme étant des élèves du lycée public de Chibok", a indiqué mardi le gouverneur de Borno, Kashim Shettima, qui a organisé une séance de visionnage de la vidéo avec les parents.

La position de Boko Haram semble elle aussi avoir évolué. Dans une première vidéo diffusée le 5 mai, Abubakar Shekau promettait de réduire les jeunes filles en esclavage, de les "vendre sur le marché" et de les "marier" de force.

Dans la deuxième vidéo lundi, il disait avoir converti à l'islam une partie des jeunes filles, les appelant désormais ses "soeurs", et évoquait l'échange des lycéennes contre des prisonniers islamistes détenus par le pouvoir.

- Un an d'état d'urgence-

Parallèlement, la mobilisation internationale n'a cessé de monter en puissance ces derniers jours, les Etats Unis en tête. Le Nigeria, traditionnellement rétif à toute ingérence étrangère dans ses affaires intérieures, s'est finalement résolu à accepter cette aide.

Le commandant des forces armées américaines en Afrique (Africom), le général David Rodriguez, s'est rendu mardi à Abuja, la capitale fédérale, pour "discuter de l'aide américaine dans les opérations de recherche ainsi que toute la coopération" entre les forces américaines et nigérianes.

Des avions espions américains survolent le nord du Nigeria, et les Etats-Unis partagent des images de satellites avec les Nigérians, selon un haut fonctionnaire de l'administration américaine.

Le Royaume-Uni et la France ont également envoyé des équipes d'experts au Nigeria, tandis que la Chine et Israël ont proposé leur aide.

Enfin un sommet sur la sécurité au Nigeria doit se tenir samedi à Paris, rassemblant, autour du président français François Hollande, les dirigeants d'au moins cinq pays africains: le Nigeria et quatre de ses voisins, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Bénin. Américains et Britanniques ont également été invités.

Sur le plan intérieur, le chef de l'Etat nigérian Goodluck Jonathan a demandé mardi au Parlement une prolongation de six mois de l'état d'urgence - qui expire mercredi - dans les Etats d'Adamawa, de Borno et de Yobe, les trois Etats du nord-est du pays les plus touchés par l'insurrection de Boko Haram depuis 2009, qui a fait des milliers de morts.

En vigueur depuis un an, l'état d'urgence est cependant d'une efficacité limitée puisqu'il n'a pas empêché l'insurrection de multiplier ses attaques, non seulement dans ses fiefs, avec la destruction d'une ville entière à Gamboru Ngala le 5 mai (au moins 300 morts), mais aussi à Abuja avec deux attentats à la voiture piégée en l'espace de deux semaines qui ont fait une centaine de morts.

Le gouverneur de l'Etat de Yobe, Ibrahim Gaidam, s'est déclaré contre cette prolongation, jugeant qu'elle ne constituait pas "la réponse adéquate aux défis sécuritaires actuels dans ces trois Etats.

Dans le monde entier, les manifestations se multiplient en faveur de la libération des jeunes filles enlevées, un mouvement rassemblé derrière le slogan lancé sur Twitter "#BringBackOurGirls" (Ramenez nos filles).

A la suite de l'épouse du président américain Michelle Obama, deux anciennes "premières dames" françaises, Carla Bruni-Sarkozy et Valérie Trierweiler, ont manifesté à Paris mardi avec des célébrités du monde du spectacle.

Plusieurs organisations féminines maliennes ont dénoncé mardi soir un "silence coupable des chefs d'Etat et de gouvernement", appelant "toutes les autorités et personnalités islamiques à condamner" le kidnapping massif des jeunes Nigérianes.

bur-de/hba

PLUS:hp