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France: la rédaction du journal Le Monde obtient le départ de sa directrice, en pleine réforme

14/05/2014 10:16 EDT | Actualisé 14/07/2014 05:12 EDT

Contestée par sa rédaction sur ses méthodes et ses projets de réforme, la directrice du Monde, prestigieux quotidien français, Natalie Nougayrède a démissionné mercredi, après seulement 15 mois de mandat, signe de la difficulté de transformer les journaux à l'ère du numérique

C'est un dénouement rapide et brutal pour un conflit qui durait depuis plusieurs semaines et s'était brusquement aggravé la semaine dernière, lorsque la rédaction lui avait adressé un message de défiance. Sept des dix rédacteurs en chef et rédacteurs en chef adjoints avaient en outre démissionné.

Egalement critiqués, les deux adjoints de la directrice, Vincent Giret et Michel Guerrin, avaient eux déjà quitté leurs fonctions vendredi. Natalie Nougayrède a tenté, en vain, de se constituer une nouvelle équipe, sans trouver d'alliés en interne.

La rédaction, comme la direction, la poussaient à se contenter de fonctions de représentation, un rôle de "reine d'Angleterre" qu'elle a refusé de jouer, selon une source proche du dossier. Ce qui rendait son départ inévitable.

Dans un courriel à l'AFP mercredi, elle a expliqué qu'elle ne pouvait pas "consentir à l'effacement du poste de directeur du journal".

La direction a indiqué mercredi soir qu'un successeur serait rapidement nommé, "dans une logique de concertation".

"La démission de Natalie n'est pas une bonne nouvelle pour notre collectivité", a aussi commenté Louis Dreyfus, le président du directoire, dans un message interne aux salariés, dont l'AFP a obtenu une copie.

Dans un communiqué, la Société des rédacteurs du Monde a "pris acte" de cette démission et devait rencontrer les actionnaires mercredi après-midi.

La crise au Monde, premier conflit social majeur depuis son rachat en 2010 par un trio d'actionnaires associant l'homme d'affaires vedette de l'internet français Xavier Niel, le banquier Matthieu Pigasse et le mécène Pierre Bergé, éclate alors que la presse écrite française est mal en point, entre hausse des prix, chute des ventes et des recettes publicitaires, déficits généralisés, plans de départs et cessions en rafales.

- nouvelle formule reportée à l'automne -

"Cette crise témoigne de la difficulté de transformer les journaux. Tout le monde a en tête la période de pourrissement long à Libération, il fallait une issue rapide", a commenté une source proche du dossier, en référence à la situation au quotidien Libération, quotidien français au bord de la faillite, en crise interne depuis des mois.

Le conflit au Monde est né à la fois du malaise de la rédaction face à des réformes rapides favorisant le numérique au détriment du papier et aux méthodes d'une directrice jugée "autarcique" et "rigide".

La contestation a été déclenchée par l'annonce en février d'un plan prévoyant, d'ici juin, le passage sur la rédaction numérique d'une cinquantaine de journalistes sur les quelque 300 que compte l'édition papier.

L'application de ce plan, jugée brutale, a ensuite été assouplie. Mais elle n'a fait que renforcer l'hostilité contre la gestion de Natalie Nougayrède, 46 ans, une journaliste issue de la rédaction qui était pourtant arrivée en mars 2013 avec une cote de confiance très élevée.

"On ne peut pas mener une telle transition sans collectif", a résumé un journaliste.

La direction, attachée avant tout à faire passer ses réformes, a accepté la semaine dernière de ralentir leur cadence, reportant à l'automne la nouvelle formule papier, qui devra s'articuler avec une éventuelle édition du matin pour mobiles.

Reste maintenant à trouver celui ou celle qui acceptera de diriger le Monde pour faire accepter des réformes difficiles, une mission délicate, malgré le redémarrage des ventes en mars.

Pour certains syndicats, le remplacement de la directrice ne suffit pas. Ils réclament une suspension des réformes et leur remise à plat.

"La direction a voulu tout faire à la fois : déplacer des journalistes vers le numérique, une nouvelle formule papier et l'édition pour mobiles", a-t-on commenté de source syndicale.

La diffusion de la version imprimée du Monde a connu une nouvelle érosion en 2013, avec une diffusion France payée en repli de 4,44% à 275.310 exemplaires en moyenne et une diffusion totale (France et international) à 303.432 exemplaire (moins 4,65%).

La vacance de pouvoir au Monde rappelle celle de Libération, qui cherche aussi son directeur. Nicolas Demorand, critiqué tant sur ses méthodes que sur ses projets de réforme, avait démissionné en février après des semaines de conflit avec sa rédaction.

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