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France : Ségolène Royal inflige un premier couac au gouvernement Valls

14/05/2014 04:13 EDT | Actualisé 14/07/2014 05:12 EDT

Ségolène Royal, ex-compagne de François Hollande et numéro trois de l'exécutif en France, a rompu mercredi avec la solidarité gouvernementale en s'en prenant dans une interview à plusieurs de ses collègues, tout en s'affirmant en "femme imaginative, créative".

C'est le premier couac retentissant pour le gouvernement de Manuel Valls formé en avril après une déroute électorale imputée, entre autres, à des dysfonctionnements de l'équipe précédente.

Il aura suffit d'un article peu amène pour ses collègues dans le magazine Paris-Match, un peu plus d'un mois après son retour sur la scène politique en tant que ministre de l'Ecologie et de l'Energie, pour faire voler en éclats l'image d'un exécutif au diapason d'un "gouvernement de combat" voulu par le président socialiste François Hollande.

Ses propos visent plusieurs ministres chargés d'épineux dossiers en cours et sur lesquels celle qui figure dans les sondages parmi les personnalités préférées du gouvernement entend faire valoir son point de vue.

Elle critique notamment le ministre du Travail et des Finances, Michel Sapin, au sujet d'une taxe visant à faire payer les poids lourds et censée rapporter plus de 800 millions d'euros par an à l'État. Ce projet, suspendu à l'automne après une fronde d'opposants, est de nouveau à l'étude.

L'ex-candidate à l'élection présidentielle de 2007, sceptique sur la poursuite du projet en l'état, accuse son collègue d'y être favorable par simple proximité politique avec le député qui préside une commission parlementaire chargé d'un rapport.

Mme Royal, réputée pour son franc-parler et parfois qualifiée d'autoritaire, affirme à l'hebdomadaire qu'elle se sait "attendue au tournant" sur ce dossier mais qu'elle avancera "à marche forcée s'il le faut".

"Ceux qui veulent me museler se trompent. Oui, je parle. C'est ma liberté et je la garderai quoi qu'il arrive. Et si j'ai envie de dire autre chose que ce qui est convenu, je le dirai", ajoute-t-elle.

La ministre prend également le contrepied du gouvernement sur le rachat de la branche énergie du groupe Alstom, fleuron de l'industrie nationale et réputé pour la construction des trains à grande vitesse.

Alors que l'exécutif, en particulier le ministre de l'Economie responsable du dossier, a fait part de son net penchant pour l'offre de l'allemand Siemens au détriment du géant américain General Electric (GE), Ségolène Royal estime que l'offre déposée par ce dernier constitue "le meilleur projet industriel".

- Rappel à l'ordre -

Le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a aussitôt rappelé que la cohésion du gouvernement était "sacrée car elle crée la condition de la réussite". Le précédent gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait subi un cuisant revers aux élections municipales de mars après une série de couacs entre ministres.

Dans la journée, Ségolène Royal a tenté de faire machine arrière, en atténuant ses commentaires dans les couloirs de l'Assemblée nationale après une séance de questions au gouvernement.

Confirmant qu'"il y a des discussions entre ministres, des discussions franches", elle a assuré aussitôt : "Mais nous sommes très solidaires les uns des autres".

"Je ne me laisserai pas déstabiliser par des petites phrases dans la presse", a-t-elle ajouté en arborant un large sourire. "Je ne veux pas se laisser dégrader ni mon travail ministériel, ni le sérieux de ce gouvernement, ni la solidarité entre ministres", a-t-elle insisté.

"Nous sommes dans un gouvernement libre, le Premier ministre anime cette liberté de parole, avec une très forte cohésion, et c'est ça la force de ce gouvernement", a-t-elle toutefois relevé. "Personne n'est identique, nous ne sommes pas des êtres clonés, nous sommes tous différents, heureusement, c'est ce qui fait la richesse d'un gouvernement, c'est la liberté d'expression", a-t-elle insisté.

Lors de sa nomination au ministère de l'Ecologie le 2 avril, Ségolène Royal avait dit vouloir travailler avec le président "le plus naturellement possible et le plus institutionnellement possible".

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