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Torture: Amnesty exhorte le Maroc à "mettre fin à l'impunité quasi-totale"

13/05/2014 08:10 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

Amnesty International a exhorté mardi les autorités marocaines à "mettre fin à l'impunité quasi-totale" des auteurs d'actes de torture dans le royaume, lors du lancement d'une campagne mondiale focalisée sur cinq pays dont le Maroc.

Cette nouvelle campagne sur deux ans vise à faire cesser la torture et se concentre sur des pays dans lesquels cette pratique reste "courante" mais où l'action de l'ONG peut avoir le plus d'impact: le Mexique, les Philippines, le Maroc/Sahara occidental, le Nigeria et l'Ouzbékistan.

S'agissant du Maroc, la torture et les mauvais traitements "sont expressément interdits" dans le droit national "mais restent une réalité dans la pratique", ont indiqué des responsables d'AI lors d'une conférence de presse à Rabat, déplorant que leurs auteurs jouissent "d'une impunité quasi-totale".

D'après l'ONG basée à Londres, lauréate du Nobel de la Paix en 1977 en grande partie pour sa lutte contre la torture, les "défaillances du système judiciaire" marocain sont principalement responsables de ce "climat d'impunité".

Elle a ainsi cité "l'absence d'avocats pendant les interrogatoires de police" ou encore les "+aveux+ obtenus sous la torture et qui sont toujours une pièce maîtresse dans les condamnations", prenant l'exemple d'Ali Aarrass, un Belgo-Marocain condamné à 12 ans de prison pour "terrorisme" mais qui clame son innocence.

- 'Politique volontariste' -

"Les autorités doivent veiller à ce que tous les cas (présumés) fassent l'objet (...) d'enquêtes impartiales et indépendantes", a notamment recommandé Amnesty, selon qui "les projets actuels de refonte de l'appareil judiciaire constituent une occasion sans précédent de faire bouger les choses".

Mentionnant par ailleurs la Constitution adoptée en 2011 dans le contexte du Printemps arabe, qui pénalise explicitement la torture, le directeur d'AI-Maroc, Salah Abdellaoui, a pour sa part évoqué "une bonne opportunité d'aller de l'avant".

"On ne peut plus parler de torture systématique au Maroc, mais il y a encore des cas", a déclaré à l'AFP M. Abdellaoui.

Il a également fait valoir les engagements internationaux du royaume, adhérent de la Convention internationale contre la torture. "Pour nous, il faut joindre la parole aux actes", a-t-il affirmé.

Dans une réaction à l'AFP, le porte-parole du gouvernement, Mustapha Khalfi, a assuré que Rabat avait "adopté une politique volontariste et systématique de protection et de promotion des droits de l'Homme", et avancé que le ministère de la Justice ouvrait systématiquement une enquête "sur toute réclamation de torture qui lui est soumis".

Il a en outre assuré que la réforme pénale "en cours de finalisation" prévoyait "l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires de la police judiciaire", et précisé que le rapporteur spécial de l'ONU, Juan Mendez, effectuerait une nouvelle mission dans le pays d'ici la fin de l'année.

En septembre 2012, au terme d'une première visite au Maroc et au Sahara occidental, M. Mendez avait estimé que les "actes de torture" n'avaient pas disparu, tout en notant que la situation s'était "généralement améliorée".

gk/feb

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