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Le président français joue l'équilibriste dans le Caucase compliqué

13/05/2014 09:05 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

Le président français François Hollande s'est livré à un numéro d'équilibriste lors d'une tournée dans le Caucase du Sud qui s'achève mardi, tentant de ménager les susceptibilités de Moscou tout en ouvrant la voie à un rapprochement de l'Azerbaïdjan, de l'Arménie et de la Géorgie avec l'Union européenne.

La question est d'autant plus sensible que le refus soudain, en novembre 2013, des autorités ukrainiennes pro-russes de signer un accord d'association avec l'UE au profit d'une coopération économique accrue avec la Russie avait provoqué la crise qui fait aujourd'hui voler en éclats l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

A Bakou, première étape de son périple caucasien, le chef de l'Etat français a adressé dimanche un message très clair à la Russie de Vladimir Poutine: le rapprochement entre les trois ex-républiques soviétiques du Caucase du sud et l'Union européenne n'est "dirigé contre personne".

"Nous ne faisons rien pour détacher des pays d'une autre coopération", a-t-il pris soin d'ajouter dans une allusion à l'union douanière concurrente pilotée par Moscou.

Autre message d'apaisement adressé à M. Poutine par le président français à la veille de son périple caucasien: la livraison à la Russie de deux navires militaires Mistral fabriqués dans des chantiers navals Français est maintenue "pour l'instant", en dépit des nouvelles sanctions qui pourraient viser Moscou si la situation dans l'est de l'Ukraine se dégradait encore.

Pour François Hollande, l'Azerbaïdjan, l'Arménie et la Géorgie, "partenaires" désormais "indépendants et soucieux de leur développement", doivent être libres de "déterminer leur avenir tout en ayant les meilleures relations dans l'environnement qui est le leur", à l'ombre du géant russe.

Défense et illustration de la doctrine française mardi à Erevan, où le président français a prôné une "formule exceptionnelle" pour permettre à l'Arménie de se rapprocher de l'Union européenne sans rompre ses liens avec l'Union douanière pilotée par Moscou.

- Dépendance à l'égard de la Russie -

François Hollande a pris acte de la situation "particulière" à la fois "géographique et politique" de ce pays "qui l'a conduit à préserver ses liens avec la Russie".

Et, à ses côtés, le président arménien Serge Sarkissian l'a reconnu sans ambages : l'union douanière permet à Erevan "d'importer des hydrocarbures (de Russie) à des prix très compétitifs". "C'est ça qui a guidé notre décision avec l'Union européenne", a-t-il souligné.

En septembre 2013, le président arménien avait surpris nombre de ses compatriotes, acceptant de rejoindre l'Union douanière russe alors qu'il s'apprêtait à sceller un accord de libre-échange avec l'UE qui aurait constitué un premier pas vers une intégration future au bloc européen.

L'Arménie dépend aussi étroitement de la Russie pour l'équipement de son armée, vital à ses yeux pour maintenir l'équilibre face à l'Azerbaïdjan voisin, riche de son pétrole, et auquel l'oppose un conflit territorial sur le Haut Karabakh, irrésolu depuis vingt ans.

Producteur de pétrole et de gaz, l'Azerbaïdjan a focalisé de son côté sa relation avec l'Union européenne sur les questions de sécurité énergétique. Ce pays représente désormais pour l'Europe une source d'approvisionnement en gaz alternative à celle de la Russie. Plutôt pro-occidentale, sa diplomatie se garde cependant de heurter Moscou.

Mais, parmi les trois Etats du Caucase du Sud, le plus proche de l'UE est sans nul doute la Géorgie où le président français achevait mardi sa tournée par une escale de quelques heures.

Le pays reste profondément marqué par l'intervention de l'armée russe sur son territoire en 2008, à l'issue de laquelle Moscou avait reconnu l'indépendance de deux territoires séparatistes pro-russes, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

Et s'ils entendent normaliser les relations avec Moscou, les dirigeant géorgiens comptent bien rejoindre l'Otan et l'UE avec laquelle un accord d'association doit être signé en juin.

Dès son arrivée à Tbilissi, le président français a rappelé l'attachement de la France à l'intégrité territoriale de ce pays, se prononçant aussi pour la signature de cet accord d'association comme prévu, en juin et "pas plus tard".

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