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Dialogue au Venezuela : de l'air pour Maduro qui ravive les divisions de l'opposition

13/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 12/07/2014 05:12 EDT

Pression de la rue, pénuries croissantes et popularité en chute : le président du Venezuela Nicolas Maduro est parvenu à se donner un peu d'air en convoquant un dialogue national, jouant la division dans l'opposition entre légalistes et radicaux.

Sous l'égide de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) et du nonce apostolique au Venezuela, le gouvernement socialiste et l'aile modérée de la coalition de la Table de l'unité démocratique (MUD) mènent, depuis début avril, des réunions pour tenter de mettre fin à trois mois de protestations, qui ont fait officiellement 42 morts et plus de 800 blessés.

Mais ce dialogue inédit dans un pays dramatiquement polarisé entre partisans et adversaires du modèle "chaviste", hérité du défunt président Hugo Chavez (1998-2013), est contesté par l'aile radicale de l'opposition qui exige pour y participer "une loi d'amnistie" au bénéfice des "prisonniers politiques" arrêtés, et pour certains condamnés, depuis le début des manifestations.

Un préalable fermement rejeté par M. Maduro.

Bien que ces discussions, menées à pas de tortue, n'aient pas encore permis de parvenir à des accords concrets, leur lancement a aidé le président "à gagner du temps, à désamorcer des noyaux de contestation en légitimant le dialogue avec un secteur de l'opposition et à raviver le vieux débat au sein de la MUD entre radicaux et modérés, durs et pragmatiques", analyse pour l'AFP le politologue John Magdaleno.

Coalition hétéroclite de partis traditionnellement divisés, la MUD était parvenue à faire taire ses divisions pour présenter un candidat unique lors des deux dernières présidentielles d'octobre 2012 face à M. Chavez puis d'avril 2013 face à M. Maduro.

En avril 2013, le gouverneur Henrique Capriles était parvenu à rallier sur son nom quasiment la moitié de l'électorat vénézuélien, consacrant la scission de la société en deux blocs quasiment égaux.

"Le gouvernement a gagné un peu d'oxygène mais les protestations vont continuer", assure toutefois l'analyste Angel Oropeza.

- 32 partis d'opposition -

Les dernières enquêtes d'opinion indiquent que quasiment 60% de la population désapprouve la gestion du président et un tiers le rend responsable de la crise économique aiguë que traverse le pays assis sur les plus importantes réserves de pétrole au monde, mais où l'inflation annuelle frôle les 60% alors que le fait de mettre la main sur du café, du lait, des médicaments ou du papier toilette relève de la gageure tant les pénuries sont importantes.

Ce dialogue a aussi remis au jour les contradictions de la MUD.

Des dirigeants radicaux, comme Leopoldo Lopez, fondateur du parti Voluntad popular (VP, droite), incarcéré depuis le 18 février accusé d'incitation à la violence, ou la députée destituée Maria Corina Machado et le maire de Caracas, Antonio Ledezma, militent pour faire tomber le gouvernement sous la pression de la rue.

A l'autre bout du spectre, refusant toute démarche qui ne soit pas constitutionnelle, se trouvent M. Capriles ou le secrétaire général de la MUD, et principal acteur des réunions avec le gouvernement, Ramon Aveledo.

Ces secteurs soutiennent les marches pacifiques, mais estiment que les conditions ne sont pas réunies pour faire renverser M. Maduro.

Angel Oropeza écarte toutefois toute "fracture" au sein de la MUD et considère comme "naturelles les différences" dans une coalition constituée de 32 partis, allant du marxisme-léninisme à l'extrême droite.

"Leopoldo et Machado ne participent pas au dialogue, mais demeurent au sein de la MUD", ajoute-t-il.

Dans un effort pour maintenir la cohésion de l'opposition, MM. Aveledo et Capriles réclament sans relâche la libération de M. Lopez ainsi que deux maires condamnés pour incitation à la violence ces derniers mois et de l'ex-commissaire Ivan Simonovis, en prison depuis 10 an, accusé d'homicide lors d'un bref coup d'Etat contre Hugo Chavez en 2002.

Mais loin d'apaiser le climat, le gouvernement ne cesse parallèlement de lancer des procédures judiciaires contre des opposants et de les accuser de conspirer avec les Etats-Unis pour fomenter un coup d'Etat.

Jeudi, les forces de l'ordre ont ainsi démantelé quatre campements de tentes dressés dans Caracas par de jeunes protestataires, interpellant 243 d'entre-eux, toutefois majoritairement relâchés dans les heures suivantes. Mais l'opération a provoqué de nouvelles manifestations, dont l'une s'est soldée par la mort par balles d'un policier.

"Ce sont des signes d'intransigeance, d'une faible volonté de céder, ce qui représente un obstacle au maintien de l'opposition à la table des négociations", conclut M. Magdaleno.

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