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Turquie: des témoins chargent les quatre policiers jugés pour le meurtre d'un manifestant

12/05/2014 11:21 EDT | Actualisé 12/07/2014 05:12 EDT

Plusieurs témoins ont confirmé lundi devant le tribunal de Kayseri (centre) la gravité des accusations lancées contre quatre policiers, jugés pour avoir battu à mort un jeune étudiant pendant la fronde antigouvernementale en 2013 en Turquie.

Lors de la deuxième audience de ce procès emblématique de la répression du gouvernement turc contre les contestataires, deux d'entre eux ont mis à mal la version des accusés, qui ont nié avoir passé Ali Ismaïl Korkmaz à tabac en marge d'une manifestation à Eskisehir (ouest) le 2 juin 2013.

"J'ai vu Ali Ismaïl être frappé dans le dos et à la tête, encore et encore. Il a perdu l'équilibre, il est tombé à terre et sa tête a heurté une pierre. Puis il a perdu connaissance", a raconté à la barre Semih Berkay Yapici.

"Dès qu'il a commencé à reprendre conscience, il a à nouveau reçu de violents coups de pied à la tête", a-t-il poursuivi, mettant formellement en cause des "policiers qui l'attendaient à l'autre bout de la rue".

Souffrant d'une hémorragie cérébrale, Ali Ismaïl Korkmaz, un étudiant de 19 ans, est mort le 10 juillet des suites de ses blessures après 38 jours de coma.

Lors de la première audience le 3 février, les quatre policiers, jugés avec quatre commerçants d'Eskisehir, avaient farouchement démenti les accusations pèsant sur eux, certains niant même s'être trouvés sur les lieux du drame.

Un ami de la victime a confirmé la violence de son passage à tabac en décrivant lundi son état lorsqu'il l'a accompagné à l'hôpital.

"Le sang coulait sur son visage, couvert d'ecchymoses", a raconté Turhan Gürler. "Je lui ai demandé ce qui s'était passé, il m'a répondu qu'il avait été frappé sur la tête avec des bâtons", a-t-il poursuivi, "il m'a demandé où nous étions tout au long du chemin".

Comme à l'ouverture du procès il y a trois mois, plus d'un millier de personnes, pour la plupart des jeunes, se sont rassemblés toute la journée autour du tribunal, transformé en camp retranché par la police.

- "Jusqu'à la fin" -

"La police de l'AKP (Parti de la justice et du développement, au pouvoir) est l'assassin d'Ali" ou "la jeunesse arrive, l'AKP va partir", ont-ils crié.

"La jeunesse exige que les meurtriers soient punis", a déclaré à l'AFP un des manifestants, Mustafa, 15 ans. "Mais je n'ai pas confiance en la justice", s'est-il empressé d'ajouter, "l'AKP va remettre les meurtriers en liberté".

Les parents de la victime, acclamés à leur entrée dans la salle d'audience, ont souhaité que les accusés soient sévèrement punis. "Je continuerai à me battre jusqu'à la fin", a promis sa mère Emel à la presse lors d'une suspension de séance.

La famille Korkmaz a reçu lundi le soutien du père d'une autre victime des émeutes de juin, Berkan Elvin. En mars, la mort de cet adolescent de 15 ans après 269 jours de coma a provoqué des manifestations monstre dans les rues de plusieurs villes du pays contre le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

"Mon fils a été assassiné par la police comme Ismaïl. Je veux participer à ce procès", a plaidé Samy Elvan. Mais le juge a refusé sa constitution de partie civile.

Le défilé des témoins s'est poursuivi lundi après-midi.

"Les nouvelles preuves qui figurent dans le rapport d'un expert contredisent les témoignages des policiers", a de son côté estimé le frère de la victime, l'avocat Gurkan Korkmaz, qui défend les intérêts de sa famille dans le dossier.

Les huit accusés risquent une peine maximale de prison à vie.

Partie de la mobilisation d'une poignée d'écologistes contre la destruction annoncée d'un parc proche de la place Taksim d'Istanbul, la vague de contestation qui a visé la "dérive autoritaire et islamiste" de M. Erdogan il y a près d'un an a fait au moins huit morts et plus de 8.000 blessés.

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