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Le Tchad ferme sa frontière avec la Centrafrique pour lutter contre les infiltrations

12/05/2014 12:10 EDT | Actualisé 12/07/2014 05:12 EDT

Le Tchad a annoncé lundi avoir fermé sa frontière avec la Centrafrique, déchirée par les violences depuis plus d'un an, afin d'éviter les infiltrations de combattants armés susceptibles de semer le trouble dans la région transfrontalière, qui accueille de nombreux réfugiés.

"Le Tchad ferme ses frontières communes avec la République centrafricaine", a indiqué lundi la présidence sur son site internet.

Le président Déby effectue depuis le 8 mai une tournée dans le sud du Tchad, le long de la frontière avec la Centrafrique, plongée dans une crise sans précédent depuis plus d'un an.

"Vous êtes à moins de 20 m de la frontière avec la RCA. Sachez dès aujourd'hui que notre frontière avec ce pays est hermétiquement fermée", a déclaré dimanche le chef de l'Etat aux populations de Daha, ville frontalière du sud-est.

"Tout Tchadien qui désire rentrer chez lui avec ses biens, nous lui ouvrirons grandement la frontière. Mis à part ce cas précis, personne n'est autorisé à franchir cette frontière jusqu'à ce que la crise centrafricaine soit résolue", a-t-il ajouté.

La fermeture "hermétique" de la frontière côté tchadien sera toutefois difficile à mettre en oeuvre, dans une région extrêmement poreuse avec plus de 1.000 km de frontière commune.

- Faire taire les critiques -

"Nous ne permettrons pas que le territoire tchadien soit utilisé de part et d'autre pour semer la désolation dans ce pays frère meurtri (...) Nous tenons à préserver la quiétude de tous ceux qui vivent le long de la frontière", a affirmé lundi à l'AFP le ministre tchadien de la Communication, Hassan Sylla Bakari.

La décision de fermer la frontière est aussi une façon de faire taire les critiques contre le régime de N'Djamena, souvent accusé de laisser - voire d'encourager - des combattants tchadiens à mener des incursions en territoire centrafricain pour y semer le trouble.

"Nous avons été l'objet de critiques injustes et infondées et nous avons décidé de fermer nos frontières pour que le Tchad ne soit pas mêlé à ce qui se passe dans ce pays", a poursuivi M. Sylla Bakari.

En avril, le Tchad, qui joue un rôle politique et militaire majeur en Centrafrique depuis des années, a retiré pour des raions similaires l'ensemble de son contingent engagé dans ce pays au sein de la force africaine (Misca).

N'Djamena a dénoncé "une campagne malveillante" contre ses soldats, accusés par la Commission des droits de l'Homme de l'ONU d'avoir tiré "illégitimement" sur la population en mars.

Souvent associée à la coalition rebelle Séléka, majoritairement composée de musulmans et de mercenaires étrangers, et qui avait pris le pouvoir à Bangui entre mars 2013 et janvier 2014, l'armée tchadienne avait également mauvaise réputation auprès de la communauté chrétienne de Centrafrique.

Le Tchad, qui a souvent fait et défait les pouvoirs à Bangui, avait notamment aidé François Bozizé à renverser en 2003 le président Ange Félix Patassé, assurant par la suite sa garde personnelle. Avant d'être renversé par la Séléka, Bozizé, à la suite de différents avec Idriss Deby, avait changé ses gardes tchadiens pour des soldats sud-africains qui s'avérèrent incapables d'arrêter la rébellion.

- Afflux massif de réfugiés -

Depuis la chute du président Djotodia, ancien chef de la rébellion, en janvier 2014, les civils musulmans de Centrafrique, accusés de connivence avec la Séléka, subissent de la part des milices chrétiennes anti-balaka de nombreuses exactions et fuient le pays.

Le Tchad, qui a mené une vaste opération de rapatriement de ses ressortissants - 150.000 personnes - de décembre 2013 à février 2014, est aujourd'hui confronté à un afflux massif de réfugiés dans le sud, sans compter l'arrivée de milliers de réfugiés centrafricains.

Le gouvernement tchadien a lancé fin avril un appel à la communauté internationale pour une aide de 32 millions d'euros, notamment destinée à "l'assistance alimentaire, la protection sociale, l'accès aux soins de santé de base" de ces familles qui ont tout perdu.

Mais beaucoup ont refusé de s'installer dans les camps installés à l'intérieur des terres pour pouvoir rester près de la frontière, et sont exposés quotidiennement aux attaques des groupes armés de la zone.

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