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La crise ukrainienne amorce un début de réarmement en Europe

12/05/2014 06:51 EDT | Actualisé 12/07/2014 05:12 EDT

Les fabricants d'armes tentent de bénéficier d'un réarmement de l'Europe du nord déclenché par la crise ukrainienne qui pourrait, selon les analystes, pousser le reste du continent à renforcer ses défenses face à la Russie.

La Suède a été la première à annoncer en avril une augmentation de ses dépenses militaires sur les dix années à venir en réponse à l'occupation de la Crimée par la Russie.

La Pologne, déjà engagée dans un formidable effort de modernisation de ses armées, a annoncé de son côté qu'elle avançait de deux ans un plan d'acquisition de 82 drones de différents types, pour recevoir les premiers dès 2016. La presse a également évoqué l'avancement d'un appel d'offres pour des hélicoptères de combat, mais il n'a pas été confirmé.

"On a là une division de l'Europe entre les pays du Nord et les pays de l'Ouest qui essaient de se dire que la crise va passer", a estimé Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques.

La France par exemple, qui a vendu en 2011 deux porte-hélicoptères de type Mistral à la Russie, préfère attendre la première livraison en octobre avant de remettre en question le contrat, malgré les pressions croissantes de Washington.

"Pour l'instant, il n'est pas remis en cause", a déclaré dimanche le président français François Hollande.

Les pays du Nord ont une autre expérience du puissant voisin russe.

Déjà l'année dernière, la Suède, la Finlande, les pays baltes et la Pologne avaient demandé en vain que l'Europe réoriente sa stratégie de sécurité sur la défense du territoire, lors de la préparation du sommet européen de décembre, note M. Maulny.

Ces pays étaient inquiets du renforcement des capacités militaires russes dans la zone arctique et de nombreux survols et manoeuvres aériennes russes.

"Mais si jamais il y a une intervention russe dans l'est de l'Ukraine, il est probable que le changement qui a eu lieu dans les pays du Nord s'étendra au reste de l'Union européenne", estime-t-il.

- Compétition entre industriels -

Les contraintes budgétaires sont un obstacle évident au réarmement mais M. Maulny imagine une dérogation pour sortir les dépenses d'armement de la comptabilité du déficit des Etats.

Michael Clarke, du Royal United Services Institute, un centre de réflexion britannique, estime qu'à terme "les puissances européennes de l'Otan vont probablement dépenser davantage dans la défense, parce que l'Ukraine n'est pas une crise passagère mais constitue un tournant: il y a eu modification des frontières par la force". Il y aura toutefois un décalage d'un ou deux ans avant que les décisions d'investissement s'imposent, selon lui.

Ce début de réarmement attise la compétition entre industriels américains et européens mais ceux-ci ne sont pas mal placés pour répondre à la crise.

La Suède par exemple veut plus de chasseurs Grippen, fabriqués par son constructeur national Saab, de sous-marins --ils sont fabriqués sur place par une filiale de l'Allemand Thyssen Krupp Marine Systems-- et des missiles de croisière Taurus, germano-suédois.

Le champ est plus ouvert pour les fabricants américains en Pologne.

"Au lendemain de l'entrée des Russes en Crimée, les Américains se sont précipités pour faire des propositions alléchantes aux Polonais", note M. Maulny, évoquant une visite du secrétaire à la Défense Chuck Hagel.

Le PDG de Lockheed Martin, Maryllin Hewson, était la semaine dernière à Varsovie pour parler défense anti-missiles.

L'américain Sikorsky est en concurrence avec Airbus Helicopters et l'italien AgustaWestland pour équiper la Pologne en hélicoptères.

Mais Varsovie, qui avait déçu les constructeurs européens en 2003 en choisissant l'avion de combat américain F-16, a depuis conclu qu'une dépendance exclusive de Washington n'était pas dans son intérêt, selon les analystes d'IHS Jane's.

"Le programme de réarmement 2013-2022 prévoit des acquisitions auprès d'un large échantillon de fournisseurs -notamment aux Etats-Unis, en Europe et en Israël- avec la plus grande participation possible de l'industrie locale pour assurer plus d'autonomie à long terme", note leur étude de marché.

pmr/fpo/phv

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