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Ukraine: les séparatistes revendiquent un "oui" massif, résultats complets lundi

11/05/2014 10:22 EDT | Actualisé 11/07/2014 05:12 EDT

Les séparatistes pro-russes du bassin du Donbass (est de l'Ukraine) ont revendiqué dimanche un "oui" massif à l'indépendance, sans attendre les résultats complets attendus lundi à cette consultation qualifiée de "farce" par Kiev et l'Occident.

Les premiers résultats du scrutin sont tombés dès dimanche soir. Ils n'ont concerné que la région de Donetsk, l'une des deux (avec celle de Lougansk) ciblées par le vote de dimanche.

Les résultats de Lougansk ne sont pas attendus avant lundi en fin de matinée.

"89,07% ont voté pour et 10,19% contre. Cela peut être considéré comme le résultat définitif", a déclaré Roman Liaguine, chef de la commission électorale mise en place par les rebelles. Le taux de participation a atteint 74,87%, selon lui.

"Il a été très facile de compter les bulletins, car le nombre de gens qui ont voté contre a été extrêmement faible", a-t-il souligné.

Les insurgés armés pro-russes avaient convoqué dimanche la population du bassin du Donbass (7,3 millions de personnes), dont ils contrôlent les principales villes, pour valider leur projet d'"indépendance" des "républiques populaires" autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

A Kiev, le ministère des Affaires étrangères a déjà fait savoir, avant même les résultats, que "le référendum (...) est juridiquement nul et n'aura aucune conséquence juridique pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine". Cette consultation n'est qu'une "farce criminelle" financée par la Russie, estime-t-il. Les Occidentaux ont abondé dans le même sens.

Les autorités ukrainiennes sont déterminées à mener à bien le scrutin présidentiel anticipé prévu le 25 mai, qu'elles accusent la Russie de vouloir faire capoter. Les insurgés ne veulent pas de cette élection et traitent de "fasciste" le gouvernement provisoire au pouvoir depuis la chute du président Viktor Ianoukovitch fin février.

Le référendum a attiré une foule conséquente, semble-t-il peu impressionnée par les hommes armés en faction à l'entrée des bureaux de vote.

- Aucune vérification possible -

Un certain enthousiasme était même apparent parmi les votants malgré l'attente parfois longue en raison du petit nombre d'isoloirs, de bureaux de vote et de l'absence des listes électorales non fournies par Kiev. Les bulletins de vote étaient déposés dans des urnes transparentes, et sans la présence d'observateurs internationaux.

Aucune vérification indépendante n'est de fait possible, en l'absence d'observateurs neutres et des médias, dont la présence a été interdite par les séparatistes, ainsi que de toute procédure d'enregistrement officielle.

Après cette longue journée de vote, l'annonce des résultats est finalement intervenue moins d'une heure après la clôture des bureaux de vote. Le scrutin, qui s'est globalement déroulé dans le calme, a été émaillé de violences à Krasnoarmiïsk, une ville de 65.000 habitants située à l'ouest de Donetsk, où des hommes armés, vraisemblablement des milices pro-ukrainiennes, ont fait irruption dans les bâtiments officiels où se déroulait le référendum et l'ont interrompu.

Selon un photographe freelance travaillant pour l'AFP et présent sur place, ils ont tiré sur la foule qui les invectivait et deux personnes ont été vues gisant sur le sol.

A Marioupol, (sud-est), ville où de violents affrontements entre forces ukrainiennes et pro-russes ont fait plusieurs morts cette semaine, des centaines de personnes ont fait la queue.

En revanche, dans la ville de Svatove (20.000 habitants), proche de Lougansk, le maire Evguen Rybalko a refusé d'organiser le référendum, bien que des dizaines d'hommes armés lui aient rendu visite à deux reprises pour tenter de l'en convaincre.

"Mon devoir est de faire respecter la loi ukrainienne. La population doit exprimer son opinion dans un cadre légal. Ce n'est pas le cas pour ce +référendum+", a-t-il expliqué à l'AFP.

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a rappelé que, selon un récent sondage de l'institut Pew Research Center, 70% des habitants de l'Est étaient favorables à l'unité de l'Ukraine.

"Le problème est que la grande majorité des vrais patriotes ukrainiens et des partisans d'une Ukraine unie font l'objet d'intimidations de la part des groupes terroristes pro-russes", a-t-il souligné.

"Les résultats des référendums factices dans l'est de l'Ukraine seront probablement faux", a renchéri le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt.

- Scénario similaire à la Crimée -

La crainte de Kiev et des Occidentaux face à ce scrutin est de voir se reproduire un scénario similaire à celui qui a abouti en mars au rattachement de la Crimée à la Russie, plongeant l'Occident et la Russie dans leur pire crise depuis la fin de la Guerre froide.

Les grandes puissances ont déjà adopté ces dernières semaines des sanctions contre la Russie et menacent de les étendre si la présidentielle n'a pas lieu.

Les "prétendus référendums étaient illégaux et nous ne reconnaissons pas leurs résultats", a fait savoir dimanche la porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, à la veille d'une visite à Kiev du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Le président français François Hollande a lui aussi rejeté les "vraies-fausses" consultations des rebelles. "Ce qui va compter à mes yeux, la seule élection qui vaudra, c'est celle du 25 mai, l'élection qui va permettre de désigner le président de toute l'Ukraine", a-t-il ajouté.

De source diplomatique française, on indique qu'une réunion entre Ukrainiens -autorités de Kiev et pro-russes- pourrait par ailleurs avoir lieu dès mercredi en Ukraine sous l'égide de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

D'ici là, une réunion de ministres européens des Affaires étrangères devait se tenir lundi à Bruxelles, qui pourrait déboucher sur de nouvelles sanctions contre la Russie. Une réunion d'experts de l'UE, de Russie et d'Ukraine concernant la sécurité de l'approvisionnement de l'Ukraine et de l'UE en gaz russe est également prévue.

Selon le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, la Russie n'a toujours pas retiré ses troupes massées à la frontière avec l'Ukraine en dépit de promesses en ce sens.

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