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Les technologies de pointe font revivre jour après jour l'Insurrection de Varsovie

10/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 09/07/2014 05:12 EDT

Un film de 90 minutes, produit uniquement à partir de chroniques tournées il y a soixante-dix ans, fait revivre jour après jour, grâce à des technologies de pointe, l'Insurrection de Varsovie contre les occupants nazis en 1944.

Les pellicules originales en noir et blanc, réalisées par des cameramen insurgés pendant les 63 jours qu'avait duré le soulèvement, ont fait l'objet d'un travail de bénédictin: les images ont été remastérisées et coloriées, la bande sonore inexistante dans les chroniques originales a été créée.

Sorti en salle vendredi, ce film unique en son genre retrace un épisode tragique et sanglant de l'histoire de la Pologne, qui s'est soldé par la destruction quasi-totale de la ville de Varsovie et la mort de quelque 200.000 de ses habitants.

"C'est un film exceptionnel. Non seulement par sa forme, mais aussi parce qu'il a la plus longue liste d'acteurs. C'est toute la ville qui y joue", déclare son producteur Jan Oldakowski, directeur du Musée de l'Insurrection de Varsovie.

Le scénario a été conçu de manière à faire parler deux cameramen fictifs: deux frères, Witold et Karol, alors qu'ils tournaient des scènes au péril de leur vie, lors des combats dans les rues de la ville. Le public ne les voit pas, il entend juste leurs voix qui le mènent à travers l'insurrection.

-Un amas de décombres-

Le spectateur voit les combats, les victoires des premiers jours, l'enthousiasme des insurgés et des civils. Puis les défaites et enfin l'échec de l'insurrection qui transforme la ville en un amas de décombres.

Lancée par la résistance non-communiste polonaise le 1er août 1944, l'insurrection de Varsovie, parfois confondue avec celle du Ghetto de Varsovie en avril 1943, a été militairement dirigée contre les Allemands, mais politiquement contre l'URSS de Joseph Staline: son Armée rouge attendait l'arme au pied sur la rive est de la Vistule que la résistance polonaise soit anéantie, pour se réserver à elle seule la victoire sur les nazis.

La reconstitution de la bande sonore "a été l'une des grandes difficultés du film", souligne Jan Komasa, auteur du scénario.

D'abord, des experts de la police ont reconstitué les dialogues en lisant sur les lèvres des insurgés, des civils et des soldats allemands. Ensuite, des acteurs ont rejoué les scènes du film pour l'enregistrement.

"Dans la scène où les habitants transportent des dalles de trottoir pour construire ou renforcer des barricades, nos acteurs l'ont fait réellement pour l'enregistrement du son, reflétant leur effort et leurs émotions, sous les coups de feu. Nous n'avons pas voulu le faire dans un studio", a expliqué M. Komasa.

- Un sujet tabou -

Après la guerre, à l'époque stalinienne alors que l'insurrection de Varsovie était un sujet tabou, les pellicules, une vingtaine d'heures de chroniques, ont été cachées. Une partie a été envoyée clandestinement en Occident, mais une grande partie a été confisquée et partiellement détruite par le régime communiste.

Il y a trois ans, le musée de l'insurrection a racheté six heures de chroniques uniques pour en faire 90 minutes de film, précise à l'AFP M. Oldakowski.

En travaillant sur le film, le musée a lancé en parallèle une opération visant à identifier les personnages qui y apparaissent.

Witold Kiezun, 92 ans, est l'une des 130 personnes déjà identifiées.

"Je me souviens très bien du moment où j'ai été filmé. C'était un moment très agréable, un moment de victoire après un combat qui a duré six heures et qui a permis de prendre un poste de commandement et de s'emparer d'une arme automatique, plus chère pour nous que de l'or", dit-il à l'AFP.

M. Kiezun se souvient d'avoir croisé plusieurs fois les cameramen qui étaient particulièrement exposés au danger car ils s'approchaient souvent au plus près des combats et ne pouvaient porter de casques, génants au tournage.

Le Musée de l'Insurrection de Varsovie espère montrer le film à un public international. "Je suis curieux de savoir si les familles allemandes vont, elles aussi, reconnaître leurs grands-pères, notamment dans une scène de prise des prisonniers", s'interroge Piotr Sliwowski, un responsable du musée.

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