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France : une mairie d'extrême droite provoque une polémique sur la repentance de l'esclavage

10/05/2014 01:40 EDT | Actualisé 10/07/2014 05:12 EDT

La journée nationale en mémoire des esclaves samedi en France a donné lieu à une polémique lorsqu'un maire d'extrême droite a refusé de s'associer aux commémorations, un geste dénoncé par le président François Hollande.

Alors que la commune de Villers-Cotterêts (nord-est) organisait depuis 2007 des cérémonies tous les 10 mai, jour de commémoration de l'abolition de l'esclavage, le nouveau maire Front national (FN, extrême-droite) a annoncé qu'il ne ferait rien cette année, en dénonçant "une auto-culpabilisation permanente".

Le FN a réalisé une nette percée aux élections municipales en mars, remportant onze mairies.

Des associations antiracistes ont fustigé "des propos dangereux" du premier magistrat, Franck Biffaut, et décidé d'organiser malgré tout un rassemblement, qui a mobilisé samedi environ 300 personnes en présence de la ministre de l'Outre-mer, George Pau-Langevin.

Villers-Cotterêts est la ville où est décédé en 1806 le général Alexandre Dumas, père de l'écrivain, né esclave à Saint-Domingue et devenu, dans l'armée révolutionnaire, le premier général d'origine afro-antillaise.

Lors d'une cérémonie à Paris, François Hollande a estimé que le maire d'extrême droite "devrait s'honorer" de célébrer l'abolition de l'esclavage. "Villers-Cotterêts peut être fière d'être une ville où le Général Dumas (...) a pu montrer combien la France pouvait être éclatante", a-t-il ajouté.

Dans un discours émaillé de références au poète martiniquais Aimé Césaire ou à l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, François Hollande a en outre estimé que la France devait "porter un regard lucide sur son passé" et se "situer aux côtés de ceux qui luttent pour la liberté et la justice".

Selon lui, la France ne peut pas "supporter d'entendre de nouveau prononcer le mot hideux d'esclavage sur le sol africain".

"L'enlèvement de 220 jeunes filles au Nigeria est un crime abject", a-t-il lancé, alors qu'une pancarte "#BringBackOurGirls" ("Ramenez-nous nos filles") était brandie dans l'assistance, renvoyant au mot clé utilisé sur les réseaux sociaux pour réclamer le retour des lycéennes enlevées par le groupe islamiste armé nigérian Boko Haram.

Le vice-président du parti de droite UMP, Thierry Mariani, avait déjà provoqué un tollé par un tweet cette semaine: "L'enlèvement par Boko Haram rappelle que l'Afrique n'a pas attendu l'Occident pour pratiquer l'esclavage", y ajoutant le hashtag (mot-dièse) "déculpabilisation".

Le 10 mai est la date retenue pour la "Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions", célébrée depuis 2006 et issue d'une loi de 2001 sur la reconnaissance de la traite et de l'esclavage comme crime contre l'humanité. Elle donne lieu à des cérémonies dans toute la France.

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