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Poutine célèbre la victoire en Crimée, mais les morts se multiplient en Ukraine

09/05/2014 10:13 EDT | Actualisé 09/07/2014 05:12 EDT

Vladimir Poutine a suscité le courroux du gouvernement de Kiev en se rendant vendredi en Crimée pour une nouvelle démonstration de force, alors que l'Ukraine s'enfonce dans la violence avec plus de 20 morts dans des affrontements à Marioupol (sud-est).

Une soixantaine d'insurgés équipés d'armes automatiques ont attaqué le siège local de la police, a affirmé le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, sur sa page Facebook.

Il a indiqué que les affrontements avaient fait 20 morts parmi les assaillants et un parmi les policiers.

Un journaliste de l'AFP arrivé sur place a raconté avoir vu le bâtiment de la police très endommagé et encore partiellement en feu.

Au même moment, M. Poutine était à Sébastopol, port d'attache historique de la Flotte russe de la mer Noire en Crimée, pour des célébrations de la victoire de 1945 sur les nazis, fêtée le 9 mai en ex-URSS.

Le gouvernement ukrainien a aussitôt dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté ukrainienne", qui prouve que "la Russie ne veut pas rechercher d'issue diplomatique".

Les Etats-Unis, en première ligne face à la Russie dans cette crise, ont eux aussi dénoncé une visite qui ne fait qu'"exacerber les tensions".

"Nous n'acceptons pas l'annexion illégale de la Crimée par la Russie", a souligné Laura Lucas Magnuson, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, le cabinet de politique étrangère du président Barack Obama.

Le président russe est arrivé vendredi après-midi en Crimée après le traditionnel défilé militaire de la Place Rouge à Moscou, pour son premier déplacement dans la péninsule du Sud de l'Ukraine rattachée en mars à la Russie après l'arrivée au pouvoir de pro-Occidentaux à Kiev.

"L'année 2014 va rester dans les annales comme celle qui a vu les peuples qui vivent ici décider avec fermeté d'être avec la Russie, confirmant leur fidélité à la vérité historique", a lancé M. Poutine au cours des célébrations de la victoire de 1945 sur les nazis.

- Revue de la flotte militaire -

Avant de s'exprimer devant la foule, M. Poutine a procédé à une nouvelle démonstration de force militaire en passant en revue, depuis une vedette, une dizaine de bâtiments de la Flotte russe de la mer Noire, dans la rade de Sébastopol.

Un défilé aérien a ensuite mobilisé des dizaines d'appareils, dont des bombardiers supersoniques Tupolev TU-22 et des chasseurs Soukhoï Su-27 ou Mig-24 qui ont réalisé des figures au-dessus de la ville.

La chancelière allemande Angela Merkel avait regretté cette semaine l'annonce d'une telle parade en Crimée, alors que les régions de l'Est et du Sud de l'Ukraine, où Kiev et les Occidentaux accusent Moscou d'attiser le séparatisme, s'enfoncent dans la violence.

Vendredi matin, M. Poutine avait salué la "force toute puissante du patriotisme" russe pendant la parade militaire de 11.000 hommes et de dizaines de blindés, lance-missiles, hélicoptères et bombardiers lourds à Moscou commémorant la victoire de 1945 sur l'Allemagne nazie.

"La volonté de fer du peuple soviétique, son courage et sa fermeté ont sauvé l'Europe de l'esclavage", a-t-il déclaré.

Le rattachement en mars de la Crimée à la Russie, dénoncé comme une annexion par Kiev, est à l'origine de la pire crise entre Russes et Occidentaux depuis la fin de la Guerre froide.

En Ukraine, les célébrations ont été plus discrètes. A Kiev, une brève cérémonie a eu lieu dans un parc dominant la ville en présence du Premier ministre, Arseni Iatseniouk.

"Il y a 69 ans nous avons combattu avec la Russie contre le fascisme et nous avons gagné. Aujourd'hui, la Russie a déclenché une guerre contre l'Ukraine", a déclaré M. Iatseniouk, appelant Moscou à "cesser de soutenir les terroristes qui tuent des civils en Ukraine".

M. Poutine avait adopté mercredi un ton plus conciliant que de coutume à l'égard de Kiev. Il avait proposé un scénario de "dialogue" prévoyant l'arrêt de l'opération militaire en cours dans l'Est en échange d'un report du "référendum" sur l'indépendance prévu dimanche dans l'est de l'Ukraine, mais les séparatistes ont décidé jeudi de maintenir cette consultation.

- Kiev ne renonce pas -

Le gouvernement ukrainien a de son côté répété jeudi qu'il n'avait nullement l'intention de renoncer à rétablir l'ordre dans l'Est, alors qu'il est engagé depuis le 2 mai dans une opération militaire qui s'est déjà soldée par des dizaines de morts.

A Slaviansk, fief des rebelles pro-russes, des tirs et des détonations ont été entendus dans la nuit. Trois blindés légers, dont un orné d'un drapeau russe, ont défilé vendredi matin dans le centre ville, dont la place centrale était noire de monde.

La tension va demeurer vive en Ukraine à l'approche du scrutin présidentiel anticipé du 25 mai, qui doit permettre l'élection du successeur de Viktor Ianoukovitch.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, est attendu lundi à Kiev pour exprimer le soutien de l'Union européenne à l'Ukraine avant l'élection.

Les enjeux sont également économiques, la Russie ayant annoncé jeudi qu'elle ne livrerait plus son gaz à l'Ukraine que sur prépaiement, en raison d'une dette gazière de 3,5 milliards de dollars dont Kiev conteste le montant.

Cette mesure peut menacer les livraisons de gaz à l'Europe, qui importe le quart de son gaz de Russie, dont près de la moitié via l'Ukraine.

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