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Les éléphants de Tanzanie menacés d'extinction d'ici à sept ans (ONG)

09/05/2014 09:55 EDT | Actualisé 09/07/2014 05:12 EDT

Le braconnage d'éléphants a atteint des niveaux si alarmants en Tanzanie que les pachydermes pourraient disparaître du pays d'ici à seulement sept ans, a prévenu vendredi une ONG de défense des animaux lors d'une conférence à Dar es-Salaam.

Cette conférence de deux jours, sous l'égide de l'ONU, vise à étudier les moyens d'enrayer le massacre des éléphants en Tanzanie, destination touristique qui se dit déterminée à protéger sa faune exceptionnelle, mais a du mal à faire face à des bandes criminelles très organisées et aux méthodes de plus en plus sophistiquées.

En Tanzanie, "environ 30 éléphants sont tués par jour (...) à ce rythme, la population d'éléphants sera exterminée d'ici à 2020", a affirmé la Société de Protection des éléphants de Tanzanie (Teps).

Le vice-président tanzanien Mohamed Gharib, dès l'ouverture de la conférence, a appelé à l'aide internationale pour lutter contre les réseaux braconniers. "Des réseaux de braconnage complexes et bien organisés, dans et hors du pays, sont derrière ce commerce illégal, ce qui empêche la Tanzanie de gagner seule cette bataille", a-t-il plaidé, peignant un sombre tableau de la situation actuelle.

Les autorités tanzaniennes avaient lancé l'an dernier une campagne controversée de lutte contre le braconnage, autorisant les gardes des parcs nationaux à "tirer pour tuer" sur les braconniers.

Le nombre d'animaux abattus avait alors chuté, selon le gouvernement, de manière spectaculaire, mais l'opération avait dû être suspendue, car marquée par des accusations de graves abus de la part des gardes contre les populations locales, dont des vols, viols et meurtres.

Au moins 19 personnes avaient été tuées et plus de 1.000 arrêtées au cours de cette campagne, selon un rapport gouvernemental.

Aujourd'hui, le directeur de la Teps a appelé l'armée à intervenir pour lutter contre les braconniers qui ont repris leurs activités. Les militaires "doivent rester là et protéger nos éléphants", a plaidé M. Kikoti, "ils ne doivent pas venir juste pour une opération et se retirer ensuite".

Les braconniers opèrent en bandes organisées, ont une grande connaissance du terrain et sont dotés d'armes automatiques et d'équipements pointus comme des lunettes de vision nocturne.

Le braconnage des éléphants ou des rhinocéros a explosé ces dernières années en Afrique, alimenté par une forte demande d'ivoire et de corne en Asie et au Moyen-Orient.

En 2013, selon la Teps, l'écosystème de Selous-Mikumi en Tanzanie, qui accueille l'une des plus grandes populations d'éléphants dans le monde, n'accueillait plus que 13.000 pachydermes contre environ 70.000 en 2006.

Le tourisme, largement basé sur l'observation de la flore et de la faune, représente 17% du PIB de la Tanzanie et emploie plus de 300.000 personnes, selon des statistiques officielles.

L'idée de vendre légalement des réserves d'ivoire - saisies sur des braconniers ou provenant d'animaux morts naturellement - pour augmenter les fonds alloués à la préservation de l'espèce a suscité un débat houleux lors de cette conférence. Le commerce international de l'ivoire est interdit depuis 1990 par la Convention sur le commerce international des espèces en voie de disparition (CITES).

La Tanzanie dispose d'un stock de 120 tonnes d'ivoire, mais les défenseurs de l'environnement soutiennent que les vendre ne ferait qu'encourager les massacres. "Un marché légal d'ivoire ne peut que stimuler un marché illégal d'ivoire", a assuré Trevor Jones, directeur de l'Udzungwa Elephant Project, une organisation de lutte contre le braconnage dans le sud de la Tanzanie.

"Plus encore, la simple existence de stocks d'ivoire stimule le braconnage, car il fait espérer aux braconniers qu'un jour il pourrait y avoir un marché légal, leur donnant une chance de +blanchir+ leur ivoire", a-t-il estimé.

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