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Les européennes menacées par une déferlante eurosceptique

09/05/2014 03:02 EDT | Actualisé 08/07/2014 05:12 EDT

Dans deux semaines, près de 400 millions d'Européens voteront pour des élections menacées par une déferlante eurosceptique, et qui donneront le coup d'envoi du renouvellement complet des institutions de l'UE.

Tous les sondages concordent. Au soir du 25 mai, l'extrême droite devrait décrocher une centaine de députés, sur 751. Une partie des nationalistes devraient être en mesure de constituer un groupe autour du Front national français et du PVV néerlandais, qui pourraient tous les deux arriver en tête dans leur pays, comme les très europhobes Britanniques de l'Ukip.

Certains responsables politiques évoquent un 21 avril européen, en référence à la qualification du FN pour le second tour de l'élection présidentielle française en 2002.

Au-delà de l'extrême droite, ce sont les plus critiques qui vont sortir gagnants: anti-euro de l'AfD en Allemagne, populistes de Beppe Grillo en Italie, mais aussi gauche radicale de Syriza en Grèce.

Les enquêtes prédisent aussi une nouvelle chute de la participation, déjà tombée il y a cinq ans à un record de 43%. Outre qu'elle favorise les extrêmes, l'abstention contribue à saper la légitimité des institutions européennes.

Cette "montée des populismes" s'explique par "l'absence de réponse politique satisfaisante" à la mondialisation, après des années de crise, d'austérité et de chômage de masse, estime Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman. S'y ajoute le morcellement du scrutin en autant d'élections nationales "de second rang qui sont l'occasion de sanctionner les équipes au pouvoir".

- 'Il y aura du bruit' -

"C'est à la fois un vote protestataire, anti-élites, anti-Europe", explique Nathalie Brack, du Centre d'études de la vie politique à l'Université libre de Bruxelles.

"Il y aura un arc-en-ciel d'eurosceptiques de colorations variées dans le prochain Parlement", se réjouit le leader de l'Ukip, Nigel Farage. "Ce sera vivant, il y aura beaucoup de bruit"!

S'ils disposeront de plus de moyens pour s'exprimer, les eurosceptiques resteront minoritaires et ne pourront pas "bloquer" la construction européenne, malgré les proclamations de Marine Le Pen, la chef du FN.

Face à eux, les pro-européens, à commencer par la droite et les socialistes, seront plus encore qu'aujourd'hui contraints à "travailler ensemble", à l'image des grandes coalitions qui se sont multipliées ces dernières années dans l'UE, de l'Allemagne à la Grèce en passant par l'Italie et la Belgique, souligne le cabinet Stratfor.

Dans la dernière enquête de PollWatch, qui compile des dizaines de sondages nationaux, la droite du PPE, au pouvoir dans une majorité de pays, perd une soixantaine de sièges, mais conserve une légère avance sur les socialistes, avec 216 députés contre 205. Les libéraux, en baisse, restent en troisième position avec une soixantaine de députés, devant la gauche radicale puis les Verts, en perte de vitesse.

- Risque de 'confrontation' -

Les nouveaux eurodéputés devront rapidement se déterminer sur le nom du prochain président de la Commission européenne, la figure centrale des institutions communautaires.

Dans une double volonté de démocratiser le processus et de peser sur le choix des chefs d'Etat et de gouvernement, les principaux partis européens présentent un candidat. Mais il est loin d'être acquis qu'ils parviennent à leurs fins.

"La différence entre le Parlement et ceux qui décident vraiment est très claire pour les citoyens", a lancé récemment le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, reflétant l'opinion de nombre de dirigeants européens, qui veulent garder la main. Ils se retrouveront d'ailleurs à Bruxelles dès le 27 mai, deux jours après les élections.

M. Van Rompuy a mis en garde contre un risque de "confrontation" entre le Conseil et le Parlement, qui doit investir le nouveau patron de la Commission à la mi-juillet.

En attendant, les candidats sillonnent l'Europe. Le conservateur Jean-Claude Juncker et le socialiste Martin Schulz partent favoris. Le libéral Guy Verhofstadt, placé en embuscade, se pose en homme du compromis et en faiseur de roi.

Ils sont au moins d'accord sur la nécessité de tourner la page de 10 ans de Commission Barroso, accusée tout à la fois de manque d'ambition et de faiblesse face aux Etats, mais aussi de tous les maux de l'Europe, à commencer par l'austérité. Tous plaident pour un exécutif européen plus social, plus actif et plus politique.

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