POLITIQUE

«Tout était fonction officielle», dit Lise Thibault

09/05/2014 05:58 EDT | Actualisé 09/05/2014 08:12 EDT
Agence QMI

Lise Thibault soutient qu'elle a été victime d'« un coup monté » lors de son interrogatoire mené par deux enquêteurs, le 9 octobre 2008, à son domicile de Saint-Hyppolite. L'ex-lieutenante-gouverneure jette le blâme sur ceux qui administraient son cabinet.

Le tribunal a présenté vendredi dans son intégralité l'interrogatoire d'une durée de près de six heures auquel a été soumise Lise Thibault plus d'un an après le début du scandale sur ses dépenses. Celui-ci a été mené par un sergent-détective de la SQ et un caporal de la Gendarmerie royale du Canada. Mme Thibault était accompagnée de son avocat de l'époque, Me Michel Massicotte.

L'entretien commence par des informations générales sur son enfance, sa passion pour les fleurs et la musique, son mariage, la naissance de sa fille à 20 ans et sa carrière à la télévision, notamment. Elle parle souvent d'elle-même à la troisième personne.

Puis, Lise Thibault est questionnée sur sa nomination au poste de lieutenant-gouverneur, en décembre 1996.

Mme Thibault explique avoir été informée de ses devoirs et responsabilités par un employé de Patrimoine canadien venu la rencontrer quelques jours après sa nomination. Elle dit s'être fait expliquer « le salaire, les allocations, la différence entre in capitale, hors capitale puis ce que Québec payait et ce qu'Ottawa payait ».

Le fonctionnaire Jean-Paul Roy lui a aussi remis un document d'information « qu'on appelait le livre noir, le cahier d'information » auquel elle pouvait se référer. Lise Thibault souligne que d'après ce document, « le lieutenant-gouverneur est en fonction 24 heures par jour, sept jours par semaine, 52 semaines par année ».

Le livre noir fait référence aux allocations qui lui sont versées. Mme Thibault souligne alors qu'il y est écrit que « le lieutenant-gouverneur peut disposer de ces sommes à son gré ».

Un rôle toujours officiel

Lorsqu'un enquêteur lui demande d'expliquer sa vison d'une fonction officielle, elle répond : « tout était fonction officielle ». Lise Thibault affirme qu'elle était constamment en représentation auprès du public.

L'enquêteur précise par la suite sa question. « L'ensemble des gens qui font l'administration publique considèrent une activité officielle comme ayant trois critères et on me les a donnés, c'est-à-dire, qu'il y ait une inscription à l'agenda, qu'il y ait un scénario et qu'il y ait présence d'aide de camp. »

Mme Thibault rétorque que « ça, t'appelles ça un fonctionnaire ». Puis elle ajoute : « On m'a dit : "Madame, vous êtes le chef d'État, vous êtes le lieutenant-gouverneur, vous représentez la reine". (...) Et quand on m'a dit ça, là, quand j'allais faire des choses qui n'étaient pas nécessairement inscrites à l'agenda, je me souvenais de ce qu'il m'avait dit, puis je savais que si la reine avait été placée en situation comme ça, elle aurait peut-être osé faire des changements à l'agenda ».

Lise Thibault subit son procès pour des dépenses injustifiées de 700 000$. L'audition de l'interrogatoire se poursuit cet après-midi.

Un coup monté

Lorsque l'enquêteur lui demande si elle a été victime d'une injustice, elle répond : « Monsieur, j'ai été victime d'un coup monté ».

Elle accuse même le responsable de son cabinet d'avoir voulu cacher des documents aux vérificateurs généraux. Selon ses allégations, André Labrecque a caché deux caisses de documents dans sa salle d'eau. « Madame, apportez ça à la maison, faites disparaître ça », lui aurait-il dit. L'administrateur pourra donner sa version des faits, puisqu'il doit témoigner au procès dans deux semaines.

Lise Thibault pleure lorsque l'enquêteur lui demande ce qui lui fait le plus mal dans cette affaire. « C'est ce que je laisse en héritage, dit-elle. Est-ce que mes petits-enfants vont être obligés de cacher que leur grand-mère était lieutenant-gouverneur. »

La femme de 75 ans subit un procès pour fraude et abus de confiance concernant des dépenses injustifiées de 700 000 $. Les audiences font relâche la semaine prochaine.

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