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«Autrui» de Micheline Lanctôt: au cœur de l'altruisme

08/05/2014 02:36 EDT | Actualisé 08/05/2014 02:36 EDT
Jean-François Cyr

MONTRÉAL - La cinéaste Micheline Lanctôt (Le piège d’Issoudun, Suzie, Pour l’amour de Dieu) captait les dernières images de son prochain film, Autrui, jeudi après-midi, dans le quartier Centre-Sud de Montréal. Au cœur de l’histoire, une relation d’altruisme particulière entre un itinérant autodestructeur prénommé Éloi (Robin Aubert) et une jeune femme discrète qui s’appelle Lucie (Brigitte Pogonat).

Avec un budget de 1,7 million de dollars, le tournage du dixième long métrage de Lanctôt (67 ans) s’est surtout effectué en février 2014, afin d’utiliser le décor de neige et les rigueurs hivernales. Or, quelques scènes restaient à tourner avant de boucler cette oeuvre qui sera distribuée par Métropole Films à compter de l’automne.

Le scénario, écrit par Micheline Lanctôt et Hubert-Yves Rose, propose une Lucie contemplative, fragile, sans grande ambition, qui accueillera chez elle Éloi, ce clochard sur le point de mourir de froid dans la ruelle. Dès lors, cette cohabitation qui durera deux mois sera déterminante dans la vie de chacun.

«Ce n’est pas l’itinérance qui m’intéressait d’abord pour ce film mais plutôt la relation d’aide, raconte la réalisatrice en entrevue. L’itinérance est venue par la bande. J’habite dans le quartier Centre-Sud depuis 2008. Ma maison est à la campagne, mais j’ai un pied-à-terre au coin des rues Amherst et Ontario. Je suis dans le tas. À côté, il y a un centre de désintoxication. Plus loin, d’autres centres d’accueil et d’hébergement. Ils sont partout les itinérants dans mon secteur: couchés dans les parcs, sur les bancs ou dans les embrasures de porte. Je les côtoie beaucoup. Je leur parle à l’occasion. La pathologie qui mène à la rue m’intéresse.»

Selon Brigitte Pogonat cette relation d’aide est de toute évidence le moteur du long métrage. «Lucie est un être assez à part au niveau du rythme de la ville. C’est une personne relativement seule. Elle a de la famille, mais ce n’est pas fondamental. Au début, elle aide spontanément Éloi. Mais avec le temps, cette nouvelle dynamique aura des conséquences. Elle persévère malgré les difficultés, car elle a beaucoup d’empathie. Je dirais qu’elle se sent même responsable de lui. Il faut dire que tout est nuancé. C’est ni noir ni blanc, même dans la confrontation.»

La bête

Aux dires de Micheline Lanctôt, la jeune actrice a quelque chose dans le visage, «une spécificité, une candeur, une douceur» qu’elle aime et qui était nécessaire pour cette histoire.

Quant à Éloi, Robin Aubert décrit son personnage comme étant «ambigu, animal et mystérieux».

«Micheline sait exactement quoi dire et ne pas dire à propos des personnages. J’aime qu’elle ait conservé du mystère. Elle sait bien diriger les acteurs. Elle aime tellement le cinéma qu’elle s’investit beaucoup dans la mise en scène […] Comme rôle, c’est probablement le plus exigeant physiquement et émotivement. Je vais garder une vraie réflexion par rapport à Éloi. J’aime rencontrer des personnages comme ça. […] Pour développer Éloi, je suis allé – bénévolement - servir 550 personnes (pour le repas du soir) durant un mois dans un centre. J’ai observé plus que parlé.»

«Le personnage de Robin Aubert est surtout défini par son costume, explique de son côté Lanctôt. Ce gars-là, qui était extrêmement ambitieux et prospère, a fourré toute sa famille. Quand il a su qu’il ferait faillite, il est sorti de son bureau pour aller dans la rue.»

«Il a encore son complet et sa cravate, poursuit la cinéaste. C’est tout ce qu’on sait de lui. Il est un itinérant alcoolique depuis trois ans. C’est devenu une sorte de bête qui sera touchée par le geste de Lucie. Il revient tranquillement vers un comportement humain, mais ce n’est pas dit que ça va se maintenir. C’est le phénomène de l’apprivoisement au sens strict du terme.»

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