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Ukraine : jour de deuil à Slaviansk dont les habitants paient aussi un lourd tribut

07/05/2014 12:09 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

Irina Boïevets était à son balcon lorsqu'elle a reçu une balle en pleine tête. Anatoli Kourotchko a péri au volant de sa fourgonnette sous les tirs d'une mitrailleuse. La population de Slaviansk, prise entre deux feux, paie elle aussi un lourd tribut.

Les funérailles de ces deux victimes collatérales des intenses combats de lundi entre troupes ukrainiennes et insurgés pro-russes ont eu lieu mercredi, suscitant une très forte émotion parmi les 110.000 habitants de ce bastion de la rébellion armée dans l'est de l'Ukraine.

Irina Boïevets, une enseignante âgée de 30 ans, "est sortie sur son balcon pour voir arriver son mari en voiture. Celui-ci était déjà dans les escaliers quand un tireur embusqué l'a atteinte au visage", raconte, les yeux rougis par les larmes, une de ses amies.

Cette femme a eu le malheur d'habiter à proximité immédiate de la route stratégique menant à Kharkiv, à la périphérie est de Slaviansk, où des affrontements d'une rare violence se sont produits lundi matin, non loin d'un avant-poste ukrainien.

Anatoli Kourotchko, 51 ans, circulait en direction du nord sur le même axe, lorsqu'il s'est lui aussi retrouvé au coeur de cette bataille qui a en outre fait de nombreux morts dans les rangs des belligérants (plus d'une trentaine, selon Kiev).

Soudain, une mitrailleuse a ouvert le feu sur son véhicule, qui a alors pris feu.

"Son corps était méconnaissable", a témoigné un de ses proches.

- "Honte à l'Amérique !", "Vive la Russie !"

C'est sans doute pourquoi sa dépouille qui reposait mercredi sur un catafalque, juste à côté de l'Eglise du Saint-Esprit, dans le centre de Slaviansk, avait été entièrement recouverte d'un linceul blanc sur lequel des fleurs jaunes, rouges et roses avaient été déposées.

Au début silencieuse et recueillie, la foule dense présente à l'extérieur des grilles entourant l'édifice religieux a brusquement laissé éclater sa colère, scandant en vrac et à tue-tête : "Non au fascisme !", "Honte à l'Amérique !", Honte à l'Union européenne !", "Vive la Russie !".

"C'est défendre le peuple que de tirer sur le peuple ?", a vociféré une femme.

"Les gens sont contraints de se terrer chez eux avec leurs enfants", a crié une autre.

Les forces gouvernementales, qui ont déclenché vendredi aux abords de Slaviansk ce qu'elles qualifient d'"opération antiterroriste", "utilisent des roquettes contre nous", a, pour sa part, hurlé Tatiana, une retraitée.

"On veut vivre sur notre terre. Pourquoi viennent-ils (les militaires ukrainiens) chez nous ?", a-t-elle enchaîné sur un ton enflammé, tandis qu'un rebelle en tenue de camouflage et casqué devisait tranquillement, la kalachnikov en bandoulière, avec un pope.

A l'hôtel de ville tout proche, le drapeau russe qui flottait depuis le mois dernier à son sommet n'y était plus visible, contrairement à celui de la "République populaire de Donetsk" proclamée par les séparatistes.

Prudente, Stella Khorocheva, la porte-parole de la rébellion, n'a pas exclu qu'il ait pu être enlevé pour "faire comprendre au reste du monde qu'il n'y a pas de soldats russes ici".

Interrogée par ailleurs sur la disparition des devants de la scène de Viatcheslav Ponomarev, l'homme fort des insurgés, qui, dans un passé récent, donnait quotidiennement d'interminables conférences de presse, elle a affirmé qu'il était "vivant et en bonne santé".

Mais "je ne peux pas vous dire où il se trouve actuellement pour d'évidentes raisons" de sécurité...

Si, dans la journée, aucune détonation n'a été entendue à Slaviansk, contrairement à la nuit précédente, plus au sud, à l'orée du village d'Andriïvka, des positions des insurgés ont été la cible d'armes de gros calibre, ont déclaré sur place à l'AFP des membres de la milice d'"autodéfense".

Toutefois, les signes d'un certain enlisement de la situation sur la "ligne de front" se multipliaient. Dernier en date, les rebelles commençaient à creuser des tranchées à l'aide d'une pelleteuse...

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