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Thaïlande: Yingluck, "marionnette" déchue malgré sa révélation dans la crise

07/05/2014 04:10 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT

Chassée du pouvoir sur décision judiciaire mercredi, la Première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra n'a pas réussi à dépasser son image de marionnette de son frère Thaksin, malgré une capacité de résistance tout en douceur révélée par une crise de six mois.

Propulsée en politique par sa famille aux législatives de 2011, adorée par la population rurale du nord de la Thaïlande, elle n'a longtemps été que le "clone" fade de son frère Thaksin (l'expression est de lui), Premier ministre renversé par un putsch en 2006.

Mais ce poids plume, derrière lequel ne se cache pas d'animal politique au-delà du joli sourire selon ses détracteurs, a surpris dans sa gestion des manifestations réclamant sa tête. Comme elle avait déjà géré une crise d'un autre genre, avec des inondations historiques peu après sa prise de fonction en 2011.

"L'Histoire reconnaîtra le grand mérite de Yingluck pour sa conduite depuis novembre 2013. Elle a scrupuleusement évité l'usage de la violence", salue Michael Montesano, de l'Institut des études d'Asie du Sud-Est à Singapour.

A 46 ans, Yingluck n'a en effet eu de cesse de jouer la carte de la modération et de la non-violence, se construisant une image de femme d'Etat responsable face à la surenchère de manifestants maniant l'invective et les attaques sexistes, occupant ses ministères et crachant sur les élections.

"Elle a fait preuve d'humanité plutôt que d'arrogance, alors qu'elle était sous forte pression", ajoute M. Montesano, alors que la Première ministre ne pouvait plus utiliser ses bureaux depuis des mois.

Sa gestion de la crise tranche avec celle de 2010, qui avait fait quelque 90 morts et 1.900 blessés après un assaut des forces de l'ordre ordonné le pouvoir de l'époque contre les partisans de Thaksin.

- Larmes et fauteuil roulant -

Ses discrètes larmes (de crocodile selon ses adversaires, pour mettre en scène son humanité), notamment après la prise à partie de son jeune fils à l'école, ont fait l'objet de tous les commentaires. Comme son usage d'un fauteuil roulant récemment, pour une entorse à la cheville.

Mais si l'ancienne femme d'affaires, qui a montré sa capacité à gérer les conséquences d'inondations historiques, a fait preuve des qualités d'un coureur de fond, elle a échoué à convaincre qu'elle avait pris son autonomie vis-à-vis de son frère exilé à Dubaï.

Elle continue à être caricaturée, un téléphone à la main, avec au bout du fil son frère, objet de toutes les passions et spéculations en Thaïlande.

Sa chute vient rappeler que son gouvernement est resté "une affaire de famille", analyse Paul Chambers, de l'université de Chiang Mai (nord de la Thaïlande), dont Yingluck est diplômée en sciences politiques.

Le "clan Shinawatra" s'est enrichi grâce au flair de Thaksin, devenu de modeste policier (même s'il vient d'une influente famille d'origine chinoise de Chiang Mai) magnat des télécommunications.

Il symbolise tout ce que détestent les élites: des parvenus, menaçant l'ordre social établi, dominé par le roi.

Une loi d'amnistie politique a mis le feu aux poudres à l'automne 2013, les élites traditionnelles redoutant qu'elle ne permette un retour de Thaksin au pays, en le blanchissant de la condamnation pour fraude fiscale qui lui fait préférer l'exil à la prison.

Yingluck n'a jamais publiquement fait campagne pour cette loi d'amnistie, mais elle a été emportée par la déferlante de haine anti-Shinawatra que ce projet a libéré.

Effaçant ses tentatives depuis son arrivée aux manettes en 2011 d'apaiser les relations avec les élites traditionnelles, proches du palais royal, et de tendre la main à la puissante armée, en jouant la carte de la modestie, loin de l'arrogance reprochée à son frère Thaksin.

Pendant la campagne électorale de 2011, Yingluck avait exploité sans complexe son lien de parenté avec Thaksin, qui reste célébré comme un héros dans son fief du nord et du nord-est de la Thaïlande.

C'est là que Yingluck trouvait refuge ces derniers mois, recevant des brassées de fleurs de paysannes endimanchées.

Sans renier les politiques en faveur des plus pauvres héritées de son frère. Certaines d'entre elles comme le programme controversé de subventions aux riziculteurs, ont contribué à maintenir Yingluck dans son rôle de pâle héritière.

Car, si Yingluck possède un master d'administration publique de l'université du Kentucky, elle a construit toute sa carrière pré-politique au sein de l'empire familial, depuis son retour des Etats-Unis au début des années 1990.

Depuis son premier stage à la présidence de la branche téléphonie mobile de Shin Corp., géant des télécommunications fondé par Thaksin et vendu dans des circonstances controversées, la petite dernière de cette famille de neuf enfants ne se sera jamais totalement émancipée.

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