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Mexique: le cinéaste Cuaron défie la réforme énergétique de Pena Nieto

07/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT

Le cinéaste mexicain oscarisé Alfonso Cuaron vient de mettre le poids de sa rénommée internationale dans la balance du côté de ceux qui doutent du bien fondé de la réforme énergétique d'Enrique Peña Nieto, la plus importante engagée par le président mexicain depuis son arrivée au pouvoir.

Avec l'Oscar du meilleur réalisateur en poche depuis mars, le metteur en scène de "Gravity" - qui réside depuis des années en dehors du Mexique - a fait irruption sur la scène politique nationale pour interpeller publiquement Peña Nieto sur les conséquences d'une ouverture au secteur privé du pétrole et du gaz mexicains, nationalisés en 1938.

Dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière par les principaux quotidiens mexicains, Cuaron a posé 10 questions au président sur cette réforme dont l'objectif affiché par le gouvernement est de relancer un secteur décisif pour le Mexique, mais en net déclin depuis le début des années 2000.

Le cinéaste a notamment interrogé le président sur la réalité de la baisse promise du prix de l'énergie, sur l'impact qu'aurait "l'exploitation massive" des hydrocarbures sur l'environnement ou sur les mesures envisagées pour freiner la corruption au sein du géant d'Etat Pemex (Pétroles mexicains).

A la demande du président mexicain, le gouvernement a répondu rapidement au cinéaste mais, fort de l'écho recontré par sa première lettre, Cuaron en a publié lundi une nouvelle, demandant qu'un débat télévisé se déroule sur le sujet aux heures de grande écoute avec la participation d'hommes politiques, d'experts et de personnalités indépendantes.

Les initiatives de Cuarón, qui vient d'être désigné parmi les 100 personnalités mondiales les plus influentes par la revue américaine Time, a mis en effervescence les réseaux sociaux, reçu l'appui d'une bonne partie de l'opposition et d'autres personnalités du monde artistiques.

Avec Cuaron "nous avons trouvé quelqu'un qui a donné une expression structurée à nos doutes, quelqu'un qui a une réputation, qui va être écouté à l'intérieur du Mexique et à l'extérieur. Ce sont des questions que beaucoup de Mexicains se posent", a dit à l'AFP Edna Jaime, directrice de l'ONG Mexico Evalua, un centre d'analyses des politiques publiques.

- Cinéma ou réalité? -

Critiquant le processus d'approbation de la réforme constitutionnelle adoptée en 10 jours au mois de décembre, Cuaron demande maintenant que des débats télévisés puissent permettre la transparence avant l'examen par le Parlement des lois d'application de la réforme, en principe en juin.

En réponse, la vice-ministre de l'Energie, Lourdes Melgar, a dit mardi aux correspondants étrangers que "ce sujet doit être débattu par le Parlement, il est de la compétence des législateurs. Toutes les discussions y sont publiques, ouvertes".

"Bienvenue au débat, mais le débat se situe sur le terrain du pouvoir législatif. Cela n'est pas un film, c'est la vie réelle", a dit de son côté David Penchyna, sénateur du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, au pouvoir).

Mais selon Edna Jaima, "si nous avions un système politique représentant réellement les intérêts des citoyens, le Parlement serait l'instance adéquate. Le problèmpe c'est l'existence d'un divorce entre le législateur et le citoyen".

Les opposants à la réforme énergétique, notamment du côté de la gauche, y voient une menace à la souveraineté du Mexique, craignant qu'une privatisation des ressources énergétiques du pays aboutisse à une réduction des ressources de l'Etat: Pemex, qui a le monopole du secteur, représente plus du tiers des revenus fiscaux du Mexique.

Peña Nieto défend sa réforme comme un outil essentiel pour la modernisation de Pemex et la relance de la production de pétrole brut pour la faire passer de 2,5 millions de barils quotidiens à trois millions et pour la création de 500.000 emplois d'ici 2018.

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