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Conflit au Soudan du Sud: première rencontre à Addis Abeba entre le président et le chef rebelle

07/05/2014 07:23 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

Le président sud-soudanais Salva Kiir et le chef rebelle Riek Machar doivent se rencontrer vendredi à Addis Abeba, ce qui serait le premier tête-à-tête entre les deux rivaux, soumis à une pression internationale croissante pour trouver une issue au conflit qui ensanglante le Soudan du Sud.

Jusqu'à présent les deux hommes, anciens alliés politiques devenus ennemis, n'avaient jamais accepté des négociations directes depuis le début du conflit déclenché le 15 décembre à Juba par des combats au sein de l'armée sud-soudanaise entre les troupes fidèles au chef de l'Etat et celles loyales à M. Machar, ancien vice-président limogé en juillet 2013.

MM. Kiir et Machar "doivent se rencontrer vendredi 9 mai à Addis Abeba, à l'invitation de Hailemariam Desalegn, Premier ministre d'Ethiopie", a annoncé l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), l'organisation régionale qui assure une médiation dans ce conflit, et dont M. Hailemariam est le président en exercice.

"Les médiateurs espèrent que cette rencontre cruciale aidera à mettre fin à la violence et aux massacres au Soudan du Sud et fournira l'élan nécessaire au processus actuel" de pourparlers dans la capitale éthiopienne, visant à trouver une solution politique durable à la crise, selon le communiqué de l'Igad.

Ces négociations entre délégations des deux camps n'ont connu que peu d'avancées jusqu'ici. Une première phase avait péniblement débouché le 23 janvier sur la signature d'un accord de cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté.

La seconde phase, ouverte en février et suspendue plusieurs fois faute de progrès, a laborieusement repris fin avril, se limitant jusqu'ici à d'interminables querelles entre délégués sur des questions de procédure.

L'Igad a néanmoins fait état mardi de "développements encourageants, les parties ayant accepté d'aborder des questions majeures concernant les causes profondes du conflit" qui a fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts et chassé de chez eux plus d'un million de Sud-Soudanais.

- Pressions internationales et sanctions -

Sous forte pression internationale, MM. Kiir et Machar avaient tout deux donné le 2 mai leur accord de principe à une rencontre directe au secrétaire d'Etat américain John Kerry, alors en visite à Juba.

M. Machar avait néanmoins indiqué par téléphone mardi au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qu'il "ferait de son mieux" pour être rapidement à Addis Abeba, car il se trouve dans une zone isolée depuis qu'il a dû fuir dimanche son QG de Nasir, près de la frontière éthiopienne, repris par l'armée.

M. Kerry a menacé de sanctions les deux dirigeants s'ils ne mettaient pas fin aux combats et aux exactions contre les populations et s'ils ne faisaient pas d'efforts pour mettre un terme au conflit. Washington a pris mardi soir de premières sanctions contre deux généraux, de l'un et l'autre camp, "responsables d'actes de violences inconcevables contre des civils".

Ces deux généraux visés sont Marial Chanuong Yol, chef de la garde présidentielle, unité d'élite de l'armée sud-soudanaise, et Peter Gadet, ancien chef rebelle aux autorités de Juba qui avait déposé les armes en 2011 avant de les reprendre à la faveur de la récente crise en s'alliant à M. Machar.

Le premier est soupçonné par Washington d'être responsables de massacres de centaines de civils perpétrés par la garde présidentielle à Juba dans la foulée des combats de mi-décembre. Le second d'avoir dirigé un commando responsable "d'horreurs" mi-avril à Bentiu, capitale de l'Etat pétrolier d'Unité (nord), où des centaines de civils ont été exécutés par les forces pro-Machar lorsqu'elles ont repris la localité.

A la rivalité politique entre MM. Kiir et Machar, se greffent de vieilles rancunes entre peuples dinka et nuer, dont sont respectivement issus les deux hommes, et des massacres et atrocités ont été commis par les deux camps contre les civils sur des critères ethniques.

Ces sanctions ne sont "pas utiles", a réagi mardi Mayen Makol, porte-parole du ministère sud-soudanais des Affaires étrangères, estimant que "le Soudan du Sud n'avait pas besoin de sanctions actuellement", mais d'aide de la communauté internationale.

L'ONU et Washington ont mis ces derniers jours en garde contre les risques de "famine" et de "génocide" dans la plus jeune nation du monde, qui en proclamant en juillet 2011 son indépendance, voulait tourner la page d'un des plus longs et meurtriers conflits d'Afrique, la guerre d'indépendance qui a opposé entre 1983 et 2005 Khartoum à la rébellion sudiste, désormais au pouvoir à Juba.

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