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Au Nigeria, des parents des lycéennes enlevées par Boko Haram voient leurs pires craintes confirmées

06/05/2014 09:18 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT

Des parents des plus de 200 lycéennes enlevées le mois dernier au Nigeria ont déclaré mardi que leurs pires craintes ont été confirmées par la vidéo dans laquelle le groupe islamiste armé Boko Haram menace de vendre les adolescentes comme "esclaves".

Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, a revendiqué cet enlèvement de masse, effectué le 14 avril dans un lycée de Chibok, dans l'Etat de Borno (nord-est), région d'origine de l'insurrection qui a fait des milliers de morts depuis son déclenchement en 2009.

Dans une vidéo obtenue lundi par l'AFP, Shekau explique qu'il va "vendre (les lycéennes) sur le marché" et qu'elles sont traitées en "esclaves".

"Depuis le début, nous imaginions ce qui pourrait arriver à nos filles aux mains de de ces gens abominables. Aujourd'hui, Shekau a confirmé nos craintes", a déclaré Lawal Zanna, dont la fille figure parmi les captives.

Le rapt, qui avait initialement suscité peu de réactions, a fini par faire des vagues à l'étranger.

"Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur cette preuve évidente de barbarie", a déclaré lundi la sénatrice démocrate américaine Amy Klobuchar devant ses pairs.

Le chef de la diplomatie britannique, dénonçant des kidnappings "écoeurants", e indiqué que Londres apportait une "aide concrète" au Nigeria dans cette affaire.

Vendre les adolescentes s'apparenterait à un crime contre l'humanité, a prévenu l'ONU.

Au total, 276 lycéennes avaient été enlevées il y a trois semaines. Plusieurs dizaines ont réussi à s'enfuir mais plus de 220 seraient toujours aux mains des insurgés, selon la police.

- Emmenées à l'étranger? -

Depuis l'attaque, les familles ont critiqué l'action de l'armée, qu'elles accusent d'avoir négligé l'affaire depuis le départ.

Les militaires assurent avoir lancé une vaste opération de recherches, notamment dans la forêt de Sambisa où Boko Haram a installé des camps fortifiés.

Le département d'Etat américain a indiqué disposer d'informations selon lesquelles les adolescentes auraient été emmenées dans des pays voisins, se faisant l'écho de déclarations - non confirmées - de responsables locaux à Chibok, qui avaient affirmé récemment que les captives avaient été vendues comme épouses à des combattants islamistes du Cameroun et du Tchad.

Pour Enoch Mark, critique virulent du gouvernement depuis que sa fille a été enlevée, l'action de l'armée nigériane reste largement insuffisante.

Les insurgés de "Boko Haram ne sont pas des esprits ou des créatures extra-terrestres qui ne peuvent pas être suivies et maîtrisées", a-t-il déclaré à l'AFP. "Le gouvernement doit retrouver nos filles ou demander une assistance internationale s'il n'y arrive pas. L'angoisse et le traumatisme deviennent trop lourds à porter pour nous, les parents".

- Le président sous pression -

Le président nigérian Goodluck Jonathan est soumis à une forte pression depuis le rapt, survenu quelques heures après un attentat à la voiture piégée revendiqué par Boko Haram dans les faubourgs de la capitale fédérale, Abuja, qui avait fait au moins 75 morts - l'attaque la plus meurtrière enregistrée dans la ville.

Une attaque quasi identique, au même endroit, avait à nouveau fait 19 morts le 1er mai.

Goodluck Jonathan, affaibli par les critiques contre la corruption de son administration et son impuissance à juguler les violences, espérait que le Forum économique de l'Afrique, sommet commençant mercredi à Abuja, mettrait en valeur les progrès économiques du pays et non ses graves problèmes politiques, sécuritaires et sociaux.

Mais la vague de violence a focalisé l'attention sur Boko Haram, beaucoup se demandant si le Nigeria est capable de contenir les insurgés dont les actions ont fait au moins 1.500 morts depuis le début de l'année.

Le groupe islamiste armé, qui dit vouloir créer un Etat islamique dans le Nord à majorité musulmane, a promis de continuer ses attaques dans le pays, y compris dans le delta du Niger d'où le premier producteur de pétrole du continent extrait l'or noir.

Pour Enoch Mark, si le gouvernement n'arrive pas à retrouver les adolescentes, cela ne pourra qu'encourager les insurgés à commettre d'autres méfaits.

"Le gouvernement devrait réaliser que cela ne serait que le début d'enlèvements plus nombreux et de l'anarchie, s'il ne sauve pas ces filles", a-t-il asséné. "Aujourd'hui c'est Chibok, mais qui sait où ça pourrait se produire demain?"

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