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Soudan du Sud: Navi Pillay à Juba, incertitude sur la reprise des négociations à Addis

28/04/2014 06:47 EDT | Actualisé 28/06/2014 05:12 EDT

La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Navi Pillay, chargée d'enquêter sur les massacres accompagnant le conflit au Soudan du Sud, est arrivée lundi à Juba, tandis qu'à Addis Abeba l'incertitude régnait sur une reprise des pourparlers entre belligérants.

Mme Pillay "est arrivée à Juba", a déclaré à l'AFP Joe Contreras, un porte-parole de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) où l'armée gouvernementale, fidèle au président Salva Kiir, affronte depuis mi-décembre les troupes loyales à son ancien vice-président Riek Machar, sur fond de rivalité politique entre les deux hommes au sein du régime.

Le conflit a pris une tournure ethnique, MM. Kiir et Machar étant issus des deux principaux peuples du pays, les Dinka et les Nuer, que divisent de vieux antagonismes plongeant pour partie leurs racines dans la guerre - une des plus longues du continent africain - ayant opposé entre 1983 et 2005 Khartoum à la rébellion sudiste, désormais au pouvoir à Juba.

Des massacres et exactions contre les civils, sur des bases ethniques, ont été attribués aux deux camps et ont chassé plus d'un million de Sud-Soudanais de chez eux.

Mme Pillay, accompagnée d'Adama Dieng, conseiller spécial sur la prévention du génocide auprès du secrétaire général de l'ONU, doit rester deux jours au Soudan du Sud et rencontrer le président Kiir et de hauts responsables.

Elle devrait également se rendre mardi à l'intérieur du pays, notamment dans une zone tenue par les forces de M. Machar.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a menacé le 24 avril de sanctions ciblées les responsables des deux camps, après l'attaque mi-avril à Bor (est) d'une base de l'ONU abritant des milliers de réfugiés dont une cinquantaine ont été tués, puis le massacre de plusieurs centaines de civils à Bentiu (nord), attribué par l'ONU aux forces pro-Machar ayant repris la localité.

Dans une intervention d'une rare virulence, le Conseil a dénoncé "le ciblage systématique des civils sur une base ethnique" et chargé Mme Pillay d'une enquête au Soudan du Sud, qui a replongé dans la guerre trois ans à peine après son indépendance, proclamée en juillet 2011.

Il a également appelé les responsables des deux camps à "faire cesser les violences" contre les civils et faire rendre des comptes aux coupables.

- Médiateurs en réunion -

Lundi, Médecins sans Frontières (MSF) a dénoncé des "actes de violence indicibles" à Bentiu. "La violence au Soudan du Sud a pris un tour particulièrement affreux, dépouillant les gens de leur plus élémentaire dignité", a déploré le chef de mission de MSF dans le pays, Raphael Gorgeu.

A Addis Abeba, l'incertitude régnait lundi autour des pourparlers entre belligérants sud-soudanais, censés reprendre avant la fin du mois d'avril. La médiation a annoncé leur redémarrage dans la journée, mais les délégations semblaient sceptiques.

Ce deuxième cycle de négociations ouvert en février, destiné à trouver une issue politique durable au conflit, a été suspendu deux fois sans aucune avancée.

"Il est prévu que les pourparlers recommencent aujourd'hui", a déclaré lundi une source ayant requis l'anonymat au sein de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), l'organisation sous-régionale est-africaine qui assure la médiation dans la capitale éthiopienne.

Aucune annonce officielle n'a cependant été faite et les deux délégations ont indiqué à l'AFP ne pas être informées de discussions lundi.

"Les médiateurs viennent d'entrer en réunion, pour nous communiquer la marche à suivre, donc nous sommes libres au moins pour aujourd'hui", a expliqué le chef de la délégation gouvernementale sud-soudanaise, le ministre de l'Information Michael Makuei, sans exclure "une réunion" dans l'après-midi, sans plus de détails.

Le porte-parole de la délégation rebelle, Hussein Mar Nyot, a de son côté déclaré n'avoir "pas été informé jusqu'ici" de quelconques pourparlers dans la journée. "L'Igad est en discussions", a-t-il ajouté, évoquant une possible réunion dans la soirée.

Le deuxième cycle de négociations, ouvert mi-février, a été suspendu pour la deuxième fois début avril, après une dizaine de jours de querelles entre délégations, dans des hôtels de luxe de la capitale éthiopienne, sur les modalités des discussions.

Un premier cycle de discussions à Addis Abeba avait péniblement accouché le 23 janvier d'un accord de cessez-le-feu qui n'a jamais été respecté.

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