DIVERTISSEMENT

«Le Steakhouse» à Canal D : un chef à New York

27/04/2014 02:33 EDT | Actualisé 27/04/2014 02:34 EDT
Productions TOXA

Glamour, la vie de chef cuisinier? Le documentaire Le Steakhouse, de Guillaume Sylvestre, pourrait briser les illusions de bien des apprentis cuistots qui croient que le talent pour la gastronomie rime nécessairement avec faste, luxe et facilité toute cuite dans le bec.

Si le Gala Artis et le point de vue de Joël Legendre sur le débat entourant les mères porteuses, à Tout le monde en parle, ce dimanche, ne vous intéressent guère, tournez le poste du côté de Canal D, à 21h. Vous y suivrez la fascinante épopée d’Hugue Dufour, ancien membre des équipes du Toqué! et du Pied de cochon, qui a trimé dur pendant trois ans pour ouvrir son restaurant, M.Wells Steakhouse (M pour «Magasin» et non «Monsieur») dans Queens, l’un des quartiers les plus redoutés de New York. Certes, son ambitieuse démarche est aujourd’hui auréolée de succès, mais Dufour a sué sang et eau et a investi beaucoup d’argent et d’efforts pour mener son projet à terme.

Récapitulons d’abord son parcours. Hugue Dufour est natif du Lac-Saint-Jean et n’a jamais obtenu de diplôme en cuisine, mais ses aptitudes ont quand même permis à l’autodidacte de se dénicher un stage au Toqué!, sous les ordres de Normand Laprise, où il est finalement resté deux ans. Il a ensuite traversé au Pied de cochon, où il a assisté Martin Picard tant aux fourneaux de l’établissement de la rue Duluth qu’à la cabane à sucre de St-Benoît de Mirabel. Mais la rencontre de la femme de sa vie, Sarah Obraitis, il y a sept ans, l’a amené à lorgner du côté de la Grosse Pomme.

Victime de son succès

En juillet 2010, il ouvrait M. Wells, un petit «diner» qui a rapidement fait courir les foules et s’est attiré les éloges des observateurs et des critiques. Même le New York Times l’a encensé. Mais Dufour a vite été victime de son triomphe. Un an plus tard, son propriétaire augmentait le prix de son loyer à 30 000$ par mois, un abus qui les a forcés, sa conjointe et lui, à fermer boutique.

Heureusement, le rêve n’a pas pris fin avec cette malchance. Début 2012, Hugue Dufour et Sarah Obraitis ripostaient en lançant M.Wells Dinette, dans un local adjacent au Museum of Modern Art (MoMA), dans Queens. Le petit comptoir lunch a fait mouche comme son prédécesseur. Or, le couple voyait encore plus grand. L’idée de M.Wells Steakhouse le taraudait depuis longtemps. Il aura finalement fallu trois ans, la réfection complète d’un garage qui, à prime abord, n’avait rien de ragoûtant (et qui assure désormais à Hugue et Sarah de payer un loyer «ridiculement bas», dixit Dufour lui-même), beaucoup de paperasse, plusieurs visites d’inspecteurs qui ont laissé des constats décourageants et bien des dépenses imprévues pour que l’enseigne soit finalement implantée, toujours dans Queens.

À travers tout ce périple, Sarah a donné naissance, il y a six mois, à la petite Crystal-Loup, qui a vu le jour une semaine avant que les premières assiettes du Steakhouse soient servies. Nos valeureux entrepreneurs s’arrêteront-ils là? Ce serait mal connaître le caractère bouillant d’Hugue Dufour. «Quand tu commences à faire ce que les gens disent de faire, c’est le début de la fin», martèle notre homme dans le documentaire qui lui est consacré. L’une de ses prochaines visées consiste à construire un bateau à vocation gourmande qui, lorsqu’il sera prêt à accueillir ses premiers clients, sera considéré comme un «marqueur de fun» dans sa carrière. Il s’alloue 10 ans pour relever ce défi.

Montrer la vérité

Hugue Dufour et le réalisateur Guillaume Sylvestre se connaissent depuis l’adolescence. C’est donc sans fausse pudeur que le premier a autorisé le second à le suivre dans toutes les étapes de sa grande aventure, pendant un an et demi, caméra à l’épaule, pour en tirer le portrait Le Steakhouse. La confiance entre les deux amis a permis à Sylvestre de s’infiltrer dans des zones où un autre cinéaste n’aurait pas nécessairement pu aller. On voit ainsi Dufour engueuler ses employés indisciplinés – semble-t-il qu’à New York, tout le monde est toujours en retard -, pester contre les constantes ruptures de stock, et on l’entend tenir des propos crus, comme lorsqu’il compare son entourage professionnel à une «espèce de maison de fous». «Tous les jours, je passe à un poil de la crise cardiaque», vocifère-t-il. Avant le générique de fin, on est témoin de toute l’effervescence qui a englobé les premières journées d’activités du M.Wells Steakhouse. De quoi donner envie de sauter immédiatement dans la voiture ou l’avion pour une petite escapade!

«C’est ma vie, et je la vis comme je la vis, a précisé Hugue Dufour au visionnement de presse de Steakhouse, la semaine dernière. Je suis conséquent avec ce que je fais, et c’est le film de Guillaume, pas le mien. Il montre la réalité comme il le veut. Moi, je n’ai pas de cachette. Je lui fais confiance, et je trouve que c’a bien sorti.»

Canal D présente Le Steakhouse, ce dimanche, 27 avril, à 21h. Juste avant, à 19h, on diffuse Secondaire V, dernière œuvre de Guillaume Sylvestre à avoir pris l’affiche, en janvier dernier. On y dépeint le quotidien des jeunes d’une classe de secondaire 5 à l’école Paul-Gérin-Lajoie d’Outremont.

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