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Rome se prépare à la canonisation historique de deux papes

26/04/2014 04:58 EDT | Actualisé 25/06/2014 05:12 EDT

Un défilé coloré de pèlerins, religieux de toutes nationalités et touristes attirés par l'évènement historique, affluait samedi à Rome pour la double canonisation de Jean Paul II, le charismatique pape polonais, et du "bon pape" italien, Jean XXIII, célébrée dimanche.

Des centaines de milliers de personnes - peut-être plus d'un million -, 98 délégations d'Etats ou d'organisations internationales, dont 24 chefs d'Etat et têtes couronnées - du roi d'Espagne au président zimbabwéen Robert Mugabe -, sont attendues dimanche sur la place Saint-Pierre, pour cet événement au retentissement planétaire voulu par le pape François.

Parmi elles, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk sera reçu dès samedi par le pape argentin, alors que la tension est à son comble dans l'est de son pays.

La Ville éternelle, toujours très prisée pendant les vacances de Pâques, offre plus que jamais son lot de scènes felliniennes. Ici, un groupe de séminaristes court en chantant "Alleluia", guitare à la main, des prêtres se frayent un chemin parmi la foule des touristes en portant une croix: "Pardon, pardon, on prie !". Des religieuses mangent des glaces, des nuées de scouts, foulards bigarrés au cou, arpentent la ville...

Par les rues qui mènent à la place Saint-Pierre, une foule hétéroclite se presse: pèlerins reconnaissables à leurs petits fichus ou écharpes jaunes, touristes, rabatteurs pour les musées du Vatican tout proches, volontaires de la Protection civile et de la Croix-Rouge qui font la circulation, installent des hôpitaux de campagne aux abords de la place.

Marie Gillet, venue du diocèse de Belley (centre-est de la France), se sent "représentante de la génération Jean Paul II", le "pape de la jeunesse". Une fidèle nigériane, "dame Pauline", drapée dans un magnifique boubou jaune à l'effigie de Jean Paul II, raconte que celui-ci a "changé sa vie". Un groupe de Libanais se dit aussi très heureux de "rendre hommage à deux hommes qui se sont rendus sur leurs terres", l'un comme pape, l'autre comme nonce.

- Nuits blanches de prière -

Certains pèlerins - toutes générations confondues -, munis de tapis de sols et de pliants, comptent passer la nuit sur place, malgré une météo qu'on annonce peu clémente. D'autres participeront aux "nuits blanches de prière", organisées dans maintes églises de Rome, en italien, polonais, anglais, allemand, français, arabe et même breton...

A la gare centrale Termini, trains et bus déversent des jeunes avec un sac à dos "Jean Paul II". La protection civile, les carabiniers, les ambulances se déploient.

Les drapeaux polonais rouge et blanc fleurissent. De ce seul pays, où Karol Wojtyla fait l'objet d'un véritable culte, 1.700 bus, 58 vols charters et cinq trains spéciaux doivent arriver à Rome, selon la municipalité.

Au Vatican, les portraits des deux futurs saints ont déjà été déployés sur la façade de la basilique Saint-Pierre. Dans un magasin de souvenirs, une grande affiche représente déjà "Sanctus Paulus II" et "Sanctus Joannes XXIII" avec leur auréole.

En réalité, les deux hommes ne seront saints que dimanche, lorsque le pape argentin prononcera la formule qui les inscrira à jamais dans le registre céleste de ceux que tous les catholiques sont invités à prier pour les assister dans leur vie terrestre.

La canonisation de Jean XXIII, initiateur du Concile Vatican II (1962-1965) qui marqua l'ouverture de l'Eglise catholique à la société et autres religions, ne semble contestée par personne, à part les traditionalistes. Celle de Jean Paul II, même si nul ne conteste sa stature internationale et le rôle qu'il a joué dans la chute du communisme, compte des détracteurs. Ceux-ci lui reprochent notamment un aveuglement face aux crimes pédophiles et sa sévérité avec les théologiens dissidents, notamment ceux de la théologie de la libération. Des accusations rejetées vendredi par son ancien porte-parole, Joaquin Navarro-Valls.

Et "sainteté ne veut pas dire perfection", a souligné le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, selon lequel la canonisation de Jean Paul II, seulement neuf ans après sa mort, est "sans doute la plus rapide" de l'histoire de l'Eglise catholique.

Enfin la présence - probable mais pas confirmée -, du pape émérite Benoît XVI pourrait ajouter encore à la valeur exceptionnelle de l'événement. Même si ce dernier, dont tous les portraits ont disparu des éventaires de cartes postales, semble pour l'heure le grand oublié de la fête.

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