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Quillévéré et Cisterne, un couple de jeunes cinéastes "obsédés" par le 7e art

26/04/2014 10:35 EDT | Actualisé 26/06/2014 05:12 EDT

Lié par "un besoin viscéral de faire du cinéma", le couple Katell Quillévéré et Hélier Cisterne incarne la veine "réaliste" du jeune cinéma français, avec des films révélant ce qu'il y a de "grand et puissant dans la vie des gens ordinaires".

Fait rare, les deux cinéastes ont été sélectionnés conjointement au festival COLCOA du cinéma français à Hollywood, avec leurs films "Suzanne" et "Vandal".

"Il n'y a pas beaucoup de festivals où nous sommes ensemble, je crois que c'est le deuxième", observe Katell Quillévéré dont les deux longs métrages, "Un poison violent" et "Suzanne", ont connu les honneurs du festival de Cannes -- le premier à la Quinzaine de Réalisateurs (2010), le deuxième à la Semaine de la Critique (2013).

Depuis leur rencontre sur les bancs de la fac de philo il y a 13 ans, Katell et Hélier ne partagent pas que des prénoms originaux: ils ne vivent et respirent que pour le cinéma.

"Notre rencontre amoureuse est arrivée à un moment où notre désir de cinéma à tous les deux était hyper fort. Nous avons vraiment avancé parallèlement", déclare Katell Quillévéré à l'AFP. "Nous avons tous les deux besoin de manière viscérale de faire du cinéma. C'est cette nécessité qui nous lie".

"Le cinéma est l'un de ces métiers que l'on ne peut pas faire à moitié. Tu es obligé d'être obsédé par ça, tout le temps", ajoute Hélier Cisterne. "Il faut voir des films, penser à en faire, les faire, puis les accompagner, c'est omniprésent dans nos vies".

De courts en longs métrages, les deux jeune gens ont naturellement été intimement liés aux projets de l'un et de l'autre, en y participant parfois directement: Katell a ainsi co-écrit le scénario de "Vandal".

"Hélier a vu quatre ou cinq versions du montage de +Suzanne+ et il a lu plusieurs versions du scénario", remarque Katell. "Il est tout le temps là, c'est mon interlocuteur numéro un et son regard est pour moi l'un des plus importants".

Le couple a cependant posé quelques garde-fous à cet environnement fusionnel. "Nous collaborons aussi avec d'autres gens", souligne Hélier. "Nous ne travaillons pas avec les mêmes techniciens, par exemple".

- Un cinéma de personnages -

"Quoi qu'il arrive, tu as besoin d'avoir ton univers à toi", ajoute Katell. "C'est assez bizarre: tu cultives ta différence tout en te nourrissant du regard de l'autre et de ses forces. C'est un équilibre très fragile".

Le couple, comme on pouvait s'en douter, partage aussi les mêmes goûts cinématographiques: "Pialat, Cassavetes, William Klein... Un cinéma de personnages, d'acteurs, et assez dépouillé d'ambitions économiques, même si nous aimons que nos films soient vus", assure Hélier.

Katell évoque pour sa part "les nouvelles vagues en général, comme tu les aimes quand tu as 20 ans et que tu es dans un rapport profondément identitaire au cinéma. Cela va du néo-réalisme italien à la nouvelle vague française, en passant par le cinéma américain indépendant".

Issus de familles étrangères au milieu artistique, et préférant rester chez eux "à regarder des films plutôt qu'à courir les soirées mondaines", les deux cinéastes "ont besoin de faire des films de manière absolument entière, sincère, des choses qui nous ressemblent profondément", explique Katell.

C'est précisément cette sincérité que Hélier apprécie le plus dans "Suzanne", qui décrit une vingtaine d'années de la vie de son héroïne, navigant tant bien que mal entre son amour pour sa famille et sa passion incontrôlable pour un bandit.

"Katell a su révéler ce qu'il y a de grand et de puissant dans la vie et le combat quotidien des gens ordinaires. C'est rarement fait avec cette force dans le cinéma français", dit-il. "Soit on veut magnifier la misère ordinaire de la vie quotidienne, soit on colle aux gens des problèmes tellement énormes qu'on n'y croit pas une seule seconde".

Quant à la qualité principale de "Vandal", qui suit un adolescent découvrant une forme de liberté dans le monde du graffiti, elle réside selon Katell dans "la direction d'acteurs. La vérité qui se dégage de ces gamins est impressionnante".

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