NOUVELLES

L'Ukraine contre la Russie: David contre Goliath

26/04/2014 02:14 EDT | Actualisé 26/06/2014 05:12 EDT

Un affrontement entre l'Ukraine, ex-république soviétique, et son ancien tuteur la Russie, deuxième puissance militaire au monde derrière les Etats-Unis, aurait des airs de David contre Goliath, même si les chiffres ne disent pas tout.

L'Ukraine compte quelque 130.000 militaires, mais pourrait mobiliser environ 1 million d'hommes si elle décidait d'appeler ses réservistes.

Cependant une grande partie de ses casernes et de ses bases est restée positionnée dans une logique de guerre froide, c'est-à-dire pour faire face à une menace venue de l'Ouest, alors que des forces russes arriveraient côté Est.

Kiev a toutefois déjà déployé une quantité inconnue de forces dans la partie orientale du pays pour faire face à l'actuelle insurrection pro-russe, et pourrait en envoyer davantage assez vite.

Et l'Ukraine s'est récemment dotée de la "Garde nationale" composée principalement de membres d'unités d'autodéfense du mouvement de contestation du Maïdan. Bien entraînés et motivés, ces soldats ont fait preuve jusqu'ici de davantage d'efficacité que l'armée régulière.

La Russie de son côté dispose d'une armée conventionnelle de 845.000 hommes, mais dont seul environ un tiers pourrait être envoyé en Ukraine faute de quoi la Russie prendrait le risque de dégarnir d'autres positions stratégiques comme le Caucase, l'Asie centrale, et... la Crimée.

La Russie a récemment déployé quelque 40.000 soldats à sa frontière avec l'Ukraine, selon l'Otan, qui ne compte pas Kiev parmi ses membres.

L'Ukraine possède environ 4.000 chars et 6.400 véhicules blindés, contre respectivement 15.500 chars et 27.600 blindés pour la Russie. Moscou dispose aussi de six fois plus de systèmes lance-roquettes et de 2.000 avions de combat (contre 300 pour l'Ukraine). Même constat pour les hélicoptères: 150 côté ukrainien, contre plus de 1.000 pour Moscou.

- L'avantage du terrain -

Mais malgré sa nette supériorité numérique, la Russie prendrait le risque de s'aventurer sur un terrain où la population lui est largement hostile, ce qui pourrait éventuellement dégénérer en guérilla asymétrique.

Bien qu'une partie des habitants de l'Est de l'Ukraine semble faire davantage confiance à Moscou qu'aux nouvelles autorités pro-occidentales de Kiev, cela ne veut pas nécessairement dire qu'ils souhaitent connaître le sort de la Crimée, rattachée à la Russie le mois dernier à l'issue d'un référendum contesté.

Selon un sondage publié la semaine dernière par l'Institut de sociologie internationale à Kiev, 70% des habitants de l'Est ukrainien sont opposés à un contrôle de la Russie. En revanche, beaucoup se disent favorables à l'autonomie de leurs régions.

Pour contourner cet obstacle, la Russie pourrait recourir à la stratégie que l'Occident l'accuse d'avoir déjà mise en oeuvre en Crimée, c'est-à-dire envoyer secrètement des troupes dépourvues d'insigne distinctif et fomenter des troubles sous la bannière d'"unités locales d'autodéfense".

Elle pourrait aussi décider de se contenter de saisir un territoire limité, par exemple une bande le long de la mer Noire lui permettant de relier la Crimée à la Russie, ce qui minimiserait d'autant son engagement militaire.

- Le nerf de la guerre -

Faire la guerre coûte cher. Et aucun des deux belligérants potentiels ne peut se dire bien placé en la matière.

La Russie va probablement tomber en récession cette année, et les sanctions que menace de lui infliger le G7 ne feraient qu'aggraver la situation. En outre, tout "gain" territorial aux dépens de l'Ukraine signifierait pour Moscou devoir financer ces régions, ce qui viendrait grèver son budget.

L'Ukraine de son côté est au bord de la faillite et attend la semaine prochaine un prêt de 14 à 18 milliards de dollars du FMI dans le cadre d'un plan de sauvetage de 27 milliards de dollars élaboré par la Banque mondiale et les pays occidentaux.

L'épée de Damoclès des sanctions semble, quoiqu'il en soit, peu à même de décourager le président Vladimir Poutine de mener à bien son plan en Ukraine. Et l'Otan n'entend visiblement pas jeter le gant à l'armée russe.

Le secrétaire américain au Trésor Jack Lew, chargé de l'application des sanctions pour les Etats-Unis, a souligné que "leur but est d'atteindre l'économie russe tout en faisant le moins de dommages possible à l'économie américaine et mondiale". Les Etats-Unis sont "prêts à prendre des sanctions plus sévères et à en absorber les conséquences si nécessaire", a-t-il cependant souligné.

rmb/ahe/neo/gg

PLUS:hp