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Bolivie : Morales confronté à une crise militaire inédite en pleine année électorale

26/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 25/06/2014 05:12 EDT

Candidat à un troisième mandat cette année, le président bolivien Evo Morales est confronté à une crise militaire inédite avec des sous-officiers manifestant pour des changements institutionnels afin d'en finir avec la discrimination, s'appuyant sur la Constitution qu'il a lui-même fait adopter.

Après des semaines de revendications discrètes, environ 2.000 d'entre eux se sont finalement déclarés en "grève de durée indéfinie" lundi et sont descendus dans les rues en uniforme ces derniers jours pour exiger notamment la modification de leurs règles d'avancement et dénoncer la discrimination raciale dont les indiens sont victimes dans les casernes. casernes.

En réponse, le haut-commandement a prononcé jeudi le limogeage de plus de 700 d'entre eux, les accusant de "mutinerie" et de "sédition".

Lui-même d'origine Aymara, le président socialiste Evo Morales, un ancien cultivateur de coca qui briguera un troisième mandat en octobre, a apporté vendredi son soutien à la hiérarchie militaire, appelant les mécontents à "la discipline", rappelant en outre que "quitter les casernes constitue une trahison".

Les sous-officiers, en majorité des indiens Aymara et Quechua, n'ont selon les règles actuelles de l'armée aucune possibilité de promotion au-delà du grade de sergent, ni accès aux instituts de formation des officiers, pour leur part majoritairement blanc ou métis.

Ils représentent environ 30% des 38.500 membres des forces armées de ce pays de 10 millions d'habitants revenu à la démocratie en 1982, après une série de coups d'Etat militaires.

"Nous ne recherchons pas un coup d'Etat, nous demandons justice", a pourtant affirmé jeudi devant la presse le sous-officier Erick Magne, l'un des leaders du mouvement, lui-même limogé.

"Nous ne sommes pas contre le gouvernement, nous sommes contre ce système capitaliste, néo-libéral et colonial qui règne dans l'armé", a renchéri le responsable d'une association de sous-officiers.

Pour eux, les actes de discrimination raciale dans les casernes - de l'usage des toilettes à celui des réfectoires, par exemple - sont contraires à la nouvelle Constitution en vigueur depuis 2010 et initiée par le président Morales lui-même.

- Effet boomerang -

D'après le sociologue et universitaire Jorge Lazarte, "il n'y a pas de coup d'Etat en marche", mais "un fracture au sein des Forces armées entre hiérarchie et sous-officiers, probablement la plus grave qu'ait connue le pays depuis des années".

Cette fracture est le produit de "l'idéologisation de la Constitution qui stipule la +décolonisation+ de l'armée", ajoute-t-il, la "colonisation" étant le fait des élites blanches et métisses, minoritaires en Bolivie dont la population est à plus de 60% indigène.

La "décolonisation" de la société est le "cheval de bataille de Morales", mais dans le cas de l'armée, "sa propre invention se retourne contre lui car le gouvernement est coincé entre cette revendication et sa loyauté au haut-commandement militaire, qui lui est fidèle, et dont il a de plus en plus besoin", estime M. Lazarte.

Depuis son accession au pouvoir en 2006, Evo Morales a bichonné les militaires comme aucun de ses prédécesseurs, les dotant de nombreux équipements, augmentant les gradés ou en leurs confiant des missions publiques, comme le versement de prestations sociales.

Pour autant la crise militaire n'en est pas moins réelle, et résulte pour Marcelo Silva, analyste politique et enseignant à l'université Nuestra Señora de La Paz, de "fortes différences de traitement entre une hiérarchie largement privilégiée et les autres, qui n'ont rien reçu".

Désormais, ceux-ci "présente la facture", profitant d'un contexte électoral propice aux "revendications sociales", poursuit-il.

"Si le gouvernement ne parvient pas à satisfaire ces demandes, il pourrait perdre le soutien électoral - mais pas institutionnel - d'une large part des Forces armées répartie dans tout le pays", avertit cet observateur.

D'autant que le risque de contagion existe, juge notamment Samuel Montaño, spécialiste des questions militaires, interrogé par le journal La Razon, car les sous-officiers "sont ceux qui conduisent les tanks, les camions, ils sont toujours en contact avec la troupe. Ils constituent la base essentielle".

En outre, l'opposition, qui ne parvient pas à trouver d'angle d'attaque contre le président Morales toujours favori des sondages pour se succéder à lui-même, "se charge de son côté de dénoncer un gouvernement faible, qui ne parvient pas à gérer un conflit", conclut de son côté Marcelo Silva.

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