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Turquie: La Cour suprême contre-attaque aux critiques du pouvoir

25/04/2014 04:58 EDT | Actualisé 24/06/2014 05:12 EDT

Le président de la Cour constitutionnelle, plus haute instance judiciaire de Turquie, a rejeté avec véhémence vendredi les vives critiques qui lui ont été adressées par le Premier Recep Tayyip Erdogan, en affirmant que "les tribunaux ne reçoivent pas des ordres".

"Dans un état de droit, les tribunaux ne reçoivent ni des ordres ni des instructions. De plus ils ne peuvent être guidés par des sentiments d'amitié ni d'hostilité", a déclaré Hasim Kiliç lors d'une allocution télévisée à l'occasion du 52è anniversaire de la création de son institution.

Le discours de M. Kiliç était particulièrement fort et adressé notamment à M. Erdogan qui était parmi les invités et dont le visage a affiché la désapprobation.

Au terme du discours, le chef du gouvernement a quitté la salle boudant une réception qui y était offerte pour les invités de marque, ont rapporté les médias.

La cour suprême a infligé ces dernières semaines plusieurs revers au régime islamo-conservateur annulant en partie une réforme judiciaire destinée à renforcer son emprise sur l'appareil judiciaire, adopté au Parlement en plein scandale de corruption, et débloquant l'accès au réseau Twitter, interdit par le pouvoir après la diffusion d'écoutes téléphoniques compromettantes.

En ordonnant début avril la levée du blocage de Twitter, les Sages avaient fortement déplu au Premier ministre, qui ne s'était pas privé de les critiquer: "Nous devons appliquer le jugement mais je ne le respecte pas", accusant aussi les juges d'agir contre les intérêts nationaux.

"Dire que la cour constitutionnelle agit avec un ordre du jour politique et de l'accuser de manquer de patriotisme n'est qu'autre qu'une critique sans profondeur", a répondu M. Kiliç.

Le chef des Sages a aussi souligné avec insistance la nécessité de préserver l'indépendance de la justice en Turquie, sans hésiter à accuser M. Erdogan, qui dirige le pays depuis 2002, d'avoir émis des "critiques excessives" sur les jugements de la Cour.

Il a aussi fortement critiqué les purges effectuées par le pouvoir dans la magistrature depuis la révélation à la mi-décembre d'un vaste scandale de corruption touchant M. Erdogan et son entourage.

"Cette affaire nous montre clairement que ces divisions scelleront la fin de la sécurité de la justice dans l'Etat de droit (...) La justice ne peut pas vivre dans cette situation", a-t-il dit.

Ses propos devraient, de l'avis des observateurs, exacerber les tensions persistantes entre le judiciaire et M. Erdogan qui convoite le poste de président au premier scrutin au suffrage universel cet été, fort de sa victoire aux élections municipales du 30 mars dernier.

Le Premier ministre accuse le mouvement religieux dirigée depuis les Etats-Unis par le prédicateur Fethullah Gülen, jadis son allié, d'avoir fabriqué des preuves de corruption pour le renverser dans le cadre d'un "coup d'Etat".

BA/pt

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