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La Tunisie "apaisée" mais beaucoup reste à faire (Premier ministre)

25/04/2014 11:26 EDT | Actualisé 25/06/2014 05:12 EDT

La Tunisie, malgré des progrès certains, doit encore éradiquer la menace jihadiste, se réformer pour relancer l'économie, et sa classe politique se "ressaisir" pour tenir des élections en 2014, souligne son Premier ministre Mehdi Jomaa dans un entretien vendredi à l'AFP.

M. Jomaa, qui se rend en visite en France lundi et mardi, a insisté dans un entretien à l'AFP sur une "nouvelle Tunisie, une Tunisie apaisée (...), une démocratie naissante qui a besoin de tout appui de solidarité de la part de nos partenaires".

Arrivé au pouvoir début 2014 à la tête d'un cabinet d'indépendants après une année noire marquée par l'essor de groupes jihadistes, une crise politique profonde nourrie par la méfiance entre islamistes majoritaires et leurs opposants ainsi qu'une économie anémique, le Premier ministre veut croire que le pire est passé, notamment sur le plan sécuritaire.

"On a affiché une détermination à combattre le terrorisme, à l'éradiquer en Tunisie. Avant on était dans une lutte où l'on subissait. On avait des groupes qui infiltraient certaines zones urbaines (...), maintenant on est en train de progresser, d'aller les chercher dans leurs fiefs" en montagne, a-t-il souligné.

Une vaste opération militaire est en cours à la frontière algérienne, sur le mont Chaambi, où des groupes accusés d'être liés à Al-Qaïda sont retranchés depuis fin 2012.

"La menace n'est plus celle qu'elle était il y a quelques mois et ce qui se passe à Chaambi est plutôt rassurant car on ne les attend plus, on va les chercher maintenant", a-t-il affirmé.

- Elections malgré le retard -

Sur le front politique, le pays a connu une succession de gouvernements provisoires depuis la révolution de 2011 qui a chassé du pouvoir le président Zine El Abidine Ben Ali, et la mise en place d'institutions pérennes est sans cesse reportée.

Mais M. Jomaa a réaffirmé "croire" en la tenue d'élections législatives et présidentielle avant la fin 2014, selon le calendrier établi par la Constituante.

"On se doit d'y croire car on a un engagement qui est très clair aujourd'hui, qui est d'aider à l'organisation et de créer le climat propice pour l'organisation des élections avant la fin de l'année", a-t-il dit.

Pourtant, l'adoption de la loi électorale, toujours en débat, a pris un retard considérable et le président de l'Instance électorale Chafik Sarsar a souligné fin mars que ses services n'étaient pas opérationnels faute de bureaux notamment.

"Il y a toujours des risques (de devoir reporter les scrutins) tant que ce n'est pas fait, et plus il y a de retard plus le risque augmente, c'est une question de gestion du planning. Effectivement, il faut se ressaisir", a dit M. Jomaa.

Malgré un climat politique marqué par la méfiance et les échanges d'accusations, M. Jomaa s'attend à une campagne électorale pacifiée. "Ce sera moins dur que ce qu'on a vécu les trois dernières années, ce climat de tension et de tiraillements politiques aigus (...)".

Il a exclu de se présenter à ces élections, évoquant un retour dans le secteur "privé": "Ce que vous voulez savoir c'est est-ce que je vais me présenter ou pas? La réponse est 'Non'".

- Réformes impopulaires -

Revenant sur une économie mal en point, avec moins de 3% de croissance et des finances publiques notamment drainées par les embauches massives depuis la révolution, M. Jomaa a appelé à lancer des réformes impopulaires en Tunisie.

"On n'est pas en cessation de paiement mais on a des écarts assez importants qu'il faut réduire", a-t-il noté.

Evoquant les emplois publics (un tiers environ du budget de l'Etat), M. Jomaa a estimé que "tout emploi qui n'est pas rempli est un emploi fictif et c'est un emploi potentiellement menacé". Sans vouloir "généraliser", il a jugé que les fonctionnaires "doivent travailler plus".

Autre chantier qu'il souhaite lancer, la refonte de la fiscalité et des subventions alimentaires et énergétiques aux particuliers, très coûteuses, une réforme réclamée par les bailleurs de fonds internationaux.

"On arrive à des niveaux (de dépenses) que l'Etat ne peut plus supporter", a martelé M. Jomaa. "Il est important dans ces moments difficiles que chacun assume ses devoirs".

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