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Canonisation de Jean Paul II: potion amère pour les victimes mexicaines de la pédophilie

25/04/2014 02:51 EDT | Actualisé 24/06/2014 05:12 EDT

Le Mexique, deuxième pays catholique d'Amérique latine, accueille la canonisation de Jean Paul II partagé entre la ferveur envers un pape qui lui avait consacré une de ses premières visites et l'amertume des victimes de crimes pédophiles.

La majorité des Mexicains "recevront bien la canonisation, mais pas tous, parce que le pontificat a eu un côté obscur. Je ne crois pas que tout le monde lui pardonne d'avoir dissimulé" les crimes de pédophilie, selon le sociologue Bernardo Barranco, expert en questions religieuses.

Lors de sa première tournée à l'étranger en 1979, le pape Jean Paul II (1978-2005) s'était rendu au Mexique où 80% de la population est catholique.

En arrivant, le premier acte de Karol Wojtyla fut de baiser le sol, scellant ainsi une relation fervente avec les Mexicains, venus par dizaines de milliers pour l'accueillir à chacune de ses cinq étapes dans le pays.

Mais en 1997, un groupe de huit anciens Légionnaires du Christ accusèrent d'abus sexuels le fondateur mexicain de cette congrégation, Marcial Maciel, dans une lettre envoyée au pape par l'intermédiaire du nonce apostolique.

"Un kilo et demi de documents, pour la plupart notariés", avaient été transmis au Vatican, raconte à l'AFP José Barba, l'un des jeunes séminaristes qui subirent les abus du tout puissant Maciel. Il assure que le Vatican n'a jamais donné "aucune réponse publique", bien que le cas ait été exposé en détail à de hauts dirigeants de l'Eglise catholique.

Pour Barba, un philologue âgé aujourd'hui de 75 ans, la canonisation représente "un concentré de la dissimulation" car elle démontre "un intérêt énorme pour que l'affaire se termine, en versant de la terre sur Maciel".

Maciel, décédé en 2008 à l'âge de 87 ans, avait été dénoncé pour des abus sexuels envers plusieurs séminaristes. Parallèlement il menait une double vie avec deux femmes et plusieurs enfants, qui ont également dénoncé des abus.

Après des années de démentis de la part de la hiérarchie catholique, le Vatican engagea un enquête en 2004 qui conduisit Maciel à abandonner l'ordre des Légionnaires du Christ en 2006. Son ministère sacerdotal lui fut retiré et il fut appelé à mener "une vie de prière et de pénitence".

- Prendre le temps d'enquêter -

En février, l'ONU a accusé le Vatican de violer la Convention des droits de l'enfant en matière d'abus sexuels parce que "tout ce qui le devait n'a pas été fait" pour régler le problème, les prêtres coupables n'étant ni sanctionnés, ni remis à la justice.

"Ce monstre (Maciel) a été protégé par Jean Paul II et c'est un point qui blesse non seulement beaucoup de Mexicains, mais l'Eglise elle-même", selon Barranco.

"Nous ne disons pas que l'on ne doit pas le canoniser, mais qu'on prenne le temps d'enquêter à fond. Ils veulent que les gens pensent que c'est un saint, que c'est indiscutable. Non !", clame le sociologue.

Mgr Slawomir Oder, postulateur de la cause de la canonisation, et le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, ont assuré mardi, lors d'une conférence de presse au Vatican, qu'il n'y avait "aucune implication personnelle" de Jean Paul II dans le scandale Maciel.

Pour sa part, M. Barba se dit convaincu que "le pape savait, mais qu'il n'a pas voulu le révéler pour ne pas nuire à l'Eglise. Comment aurait-il osé reconnaître que Marcial Maciel était coupable de cela, après l'avoir présenté comme un modèle pour la jeunesse ?".

Le pape Benoît XVI (2005-2013) a été le premier à présenter des excuses pour les abus commis contre des mineurs et à proposer une politique de tolérance zéro dans ce domaine.

Son successeur, François, a qualifié de "honte" la pédophilie au sein de l'Eglise, et créé en décembre une commission pour enquêter sur ces crimes, les prévenir et aider les victimes.

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