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Obama termine l'étape japonaise de sa tournée asiatique sur un goût d'inachevé

24/04/2014 11:14 EDT | Actualisé 24/06/2014 05:12 EDT

Barack Obama a terminé à Tokyo la première étape de sa tournée asiatique sur un goût d'inachevé: il a dû rester évasif sur les questions territoriales pour contenter le Japon sans froisser la Chine et n'a pas arraché l'accord espéré sur l'ouverture du marché japonais.

Le président américain a quitté vendredi matin le Japon après une visite d'Etat de 36 heures à destination de l'autre grand allié régional des Etats-Unis, la Corée du Sud, en première ligne face à l'imprévisible régime nord-coréen qui préparerait un quatrième essai nucléaire, d'après les services de renseignement à Séoul.

A Tokyo M. Obama a dû marcher sur des oeufs, un avant-goût de ce qui l'attend en Corée du Sud, puis en Malaisie et aux Philippines, autres étapes de cette tournée asiatique présentée comme cruciale dans la volonté de Washington de rééquilibrer sa diplomatie vers l'Asie-Pacifique, où la Chine prend de plus en plus de place et d'assurance.

Avec le Premier ministre Shinzo Abe, M. Obama s'est escrimé à rassurer le Japon sur la présence américaine, au moment où la tension est forte entre Tokyo et Pékin à propos des Senkaku, un archipel inhabité de mer de Chine orientale contrôlé par les Japonais mais revendiqué avec force par les Chinois sous le nom de Diaoyu.

"Les Etats-Unis ont déployé leurs technologies militaires les plus avancées au Japon et fourni tous les moyens nécessaires pour respecter leurs engagements du traité de coopération mutuelle et de sécurité Etats-Unis-Japon", ont assuré les deux pays dans un communiqué publié à peine quelques minutes avant le départ de M. Obama.

"Ces engagements concernent tous les territoires administrés par le Japon, y compris les îles Senkaku", a ajouté le communiqué, reprenant les propos du président américain lors d'une conférence de presse jeudi avec M. Abe.

Les Etats-Unis n'ont fait que répéter une position affirmée depuis longtemps: Washington soutiendra Tokyo s'il est agressé autour des Senkaku, mais ne se prononce pas sur le fond, à savoir l'appartenance de ces îles de la discorde, pour ne pas ouvertement défier Pékin.

"Le Japon a obtenu une déclaration publique d'Obama concernant les Senkaku et le fait qu'elles étaient +couvertes+ par l'article 5 du traité bilatéral de défense. C'est bon pour Shinzo Abe, même si ce n'est pas nouveau sur le fond et que ça ne change pas fondamentalement la donne", a observé Robert Dujarric, spécialiste des relations américano-japonaises, qui juge qu'il ne s'est pas "passé grand chose" pendant la courte visite d'Obama.

- Echec sur le TPP -

M. Obama risque d'être confronté au même dilemme pendant toute sa tournée asiatique, où il veut rassurer ses alliés locaux sur son implication dans cette région officiellement prioritaire sans défier la Chine qui tend à gonfler ses muscles dans son voisinage.

D'autant que les Etats-Unis ont besoin de Pékin dans un autre foyer de tension régional: la péninsule coréenne, où le Nord continue de développer ses capacités balistiques et nucléaires malgré les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, et de menacer son voisin coréen du Sud et au-delà le Japon et les Etats-Unis.

"La participation de la Chine pour pousser la Corée du Nord dans une direction différente est capitale", a souligné jeudi M. Obama, dont la tournée évite soigneusement la Chine... mais pas son ombre.

Autre révélateur des défis auxquels est confronté l'administration américaine dans la région: la difficulté d'avancer sur le partenariat trans-Pacifique (TPP), un ambitieux accord de libre-échange qui comprendrait 12 pays, dont les Etats-Unis et le Japon.

Malgré des nuits entières à négocier, les Américains n'ont pas réussi à faire céder les Japonais sur les barrières tarifaires qui entravent l'entrée des automobiles et surtout des produits agricoles américains.

"Malgré des avancées, il reste beaucoup à faire pour conclure le TPP", sont convenus les deux partenaires dans leur communiqué final. Et pour cause: ces négociations bilatérales ne constituent qu'un pan de ce vaste marchandage destiné à créer la plus grande zone de libre-échange du monde.

"L'échec à obtenir un accord sur le TPP ne fait que refléter essentiellement des problèmes de politique intérieure, tant au Japon qu'aux Etats-Unis", a estimé M. Dujarric.

"Finalement, en terme d'affichage, ce fut une belle chorégraphie. Obama et Abe ont pu montrer le caractère privilégié de l'alliance, mais sur le fond et les ambitions, notamment le TPP, cela a manqué un peu de concret", juge un diplomate sous couvert d'anonymat.

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