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Ferry: dans une Corée électrique, le moindre faux pas est sanctionné

24/04/2014 06:03 EDT | Actualisé 24/06/2014 05:12 EDT

Colère et douleur ont créé une atmosphère électrique en Corée du Sud, après le naufrage du ferry qui a fait 300 morts et disparus, des lycéens pour la plupart. Et le moindre faux pas d'un responsable met le feu aux poudres.

Le nombre élevé de victimes, dont 280 avaient à peine commencé leur vie, attise une envie de châtiment à l'encontre de l'establishment.

Le capitaine, l'équipage et les propriétaires du ferry sont en première ligne des critiques virulentes, mais ces dernières visent aussi quiconque occupant une position dotée de responsabilité ou de pouvoir.

La tragédie du Sewol, un ferry qui a coulé au large de la côte méridionale le 16 avril au matin, a montré un autre visage de la Corée, pays fier de sa réussite économique et de son système démocratique conquis après des décennies de dictature.

Mais le pays, quatrième économie d'Asie, est aussi doté d'une classe dirigeante incompétente, qui autorise ce genre de drame, estime la presse. Et la population n'hésite pas à la bousculer, au sens propre du terme.

Lorsqu'au lendemain du naufrage, le Premier ministre Chung Hong-Won a rendu visite aux proches des disparus, rassemblés dans le gymnase de Jindo, une île voisine du lieu du drame, il est hué, bousculé, agrippé par sa veste. Des parents lui jettent de l'eau, voire des bouteilles.

"Ne partez pas si vite, monsieur le Premier ministre!", l'interpelle une mère, en lui bloquant le passage.

La colère n'était pas dirigée vers Chung Hong-Won en tant que personne. Mais les proches, à bout de nerfs, avaient la très nette impression que le pouvoir, incarné par le Premier ministre, n'en faisait pas assez et tardait à venir en aide aux passagers piégés dans le ferry.

Au fur et à mesure que la catastrophe apparaissait dans toute son ampleur, les mots sont devenus plus durs et personne n'a échappé à la condamnation de la presse, du public et des proches des victimes.

- Il mange des nouilles assis sur une chaise -

Chung Mong-Joon, député de longue date et candidat à la marie de Séoul aux prochaines élections, a présenté ses excuses en direct à la télévision, après que son fils a critiqué sur sa page Facebook le comportement des parents envers le Premier ministre.

"Je suis profondément désolé de l'attitude puérile de mon fils", a-t-il déclaré, après un tsunami de commentaires indignés sur les propos du jeune homme.

Puis ce fut au tour de Song Young-Chul, haut responsable au ministère chargé des catastrophes. Il commet la maladresse de se faire prendre en photo devant le tableau portant la liste des personnes décédées.

Des parents l'aperçoivent, lui demandent des explications, et il finit par remettre sa démission. Qui est immédiatement acceptée.

Seo Nam-Soo, le ministre de l'Education, s'est lui aussi fait taper sur les doigts. Il apparait sur une photo en train de manger des nouilles instantanées, assis sur une chaise, lors d'une visite au gymnase de Jindo.

Lever de boucliers: le ministre est assis sur une chaise alors que les parents en détresse dorment sur le sol du gymnase depuis plusieurs nuits, dans l'attente de nouvelles de leur enfant.

"C'était un problème dans une telle atmosphère générale car il était assis dans un fauteuil et il a été photographié", a commenté le porte-parole de la présidence Min Kyung-Wook.

Et un haut responsable des garde-côtes a été licencié pour s'être félicité du travail de ses troupes qui avaient sauvé 80 personnes du ferry. "Ses déclarations peuvent heurter les sentiments des familles des disparus", ont indiqué les garde-côtes.

Sur les 476 personnes à bord du Sewol, 174 sont parvenues à s'échapper lors du naufrage. Le bilan de jeudi fait état de 171 morts et 131 disparus.

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