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Quinze jours après le début de la rébellion, Kiev impuissant face aux pro-russes

23/04/2014 09:00 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

Le 6 avril, des séparatistes pro-russes s'emparent de bâtiments publics dans l'est de l'Ukraine. Quinze jours plus tard, ils disposent de nombreuses armes et contrôlent une quinzaine de villes sans que Kiev semble en mesure de reprendre le contrôle de la situation.

Les rebelles occupent notamment le siège de l'administration régionale à Donetsk, ville d'un million d'habitants, la mairie, la police et le siège du SBU (services secrets) avec son dépôt d'armes à Slaviansk (110.000 habitants, au nord de Donetsk) et le siège du SBU à Lougansk (125 km de Donetsk), ville de 480.000 habitants et centre régional.

Les tensions avaient commencé dans l'Est et le Sud russophones après le renversement du pouvoir pro-russe, le 22 février à Kiev par des pro-européens.

A Slaviansk, Donetsk et Lougansk, des rebelles armés gardent ces bâtiments, protégés par des barricades faites de pneus, de barbelés, de planches et de pavés. Sur les routes de la région, de nombreux barrages ont été érigés par les pro-russes pour des contrôles parfois symboliques et parfois plus rigoureux.

Les insurgés ont proclamé une " République de Donetsk ", dont le drapeau flotte - souvent avec le drapeau russe- sur les mairies d'une quinzaine de villes de l'est du pays à la place du drapeau ukrainien, comme l'ont constaté des correspondants de l'AFP.

Ils ont annoncé un référendum le 11 mai pour décider du sort de la région : autonomie au sein de l'Ukraine, indépendance ou rattachement à la Russie.

Alors que l'Ukraine est encore sous le choc de l'opération éclair qui a abouti en mars au rattachement de la Crimée à la Russie - une annexion pure et simple, pour les Occidentaux-- le risque est aujourd'hui pour Kiev de voir se détacher une partie de l'est et du sud du pays, proche de la frontière russe.

Le 13 avril, Kiev a annoncé le lancement d'une "opération antiterroriste" destinée à désarmer les rebelles et libérer les bâtiments occupés. Dix jours après, le bilan est à peu près nul sur le terrain.

Aucune action n'a été entreprise pour libérer les bâtiments occupés et reprendre les armes tombées aux mains des militants pro-russes, que ce soit dans des grandes villes comme Donetsk ou Lougansk ou dans des agglomérations de moindre importance comme Khartsyzk, Kramatorsk et Gorlivka.

" Le pouvoir à Kiev a reconnu qu'il ne reçoit aucune aide des forces de police locales. Les ultimatums des autorités concernant la remise des armes étaient des menaces qui ne s'appuyaient sur aucune force réelle. Le pouvoir ne veut-il pas ou ne peut-il pas restaurer l'ordre ? Je pense qu'il ne peut pas ", estime Volodymyr Fessenko, du Centre d'études politiques Penta à Kiev.

L'inactivité des forces de police est flagrante pour qui circule dans l'est de l'Ukraine: quelques barrages de police sont certes installés sur les routes, mais les contrôles sont de pure forme. Et les policiers ne font rien contre les militants pro-russes qui, quelques kilomètres plus loin, érigent des barricades et leurs propres barrages.

A Enakieve et à Khartsyzk, deux petites villes proches de Donetsk, une vingtaine de militants pro-russes gardent l'entrée de la mairie où le drapeau de la République de Donetsk a remplacé le drapeau ukrainien. Aucune réaction de la part des forces de police basées à quelques centaines de mètres de là.

Et les militaires ? Les troupes de l'armée et du ministère de l'Intérieur ont certes résisté avec succès à deux attaques, contre l'aéroport de Kramatorsk (près de Slaviansk) et contre une caserne à Marioupol (sud-est). Mais elles n'ont lancé aucune offensive pour reprendre le contrôle de la région.

"L'armée a montré à Slaviansk et Kramatorsk qu'elle était incapable de se livrer à une opération militaire d'ampleur sur un territoire où la majeure partie de la population est hostile ", poursuit M. Fessenko.

Une vingtaine de chars et blindés légers ont été bloqués la semaine dernière par la population dans un village près de Kramatorsk. Six chars ont été alors saisis par des militants pro-russes, épaulés par des hommes présentés comme membres de groupes d'autodéfense mais que Kiev et les Occidentaux estiment appartenir aux services spéciaux de l'armée russe.

Les autres blindés sont repartis à leur base à l'issue d'une humiliante journée qui a vu une centaine de parachutistes ukrainiens bloqués par quelques dizaines de civils.

"Si les autorités avaient décidé d'un usage massif de la force, cela aurait sans aucun doute provoqué de nombreuses victimes parmi les civils ", observe le politologue Oleksiï Garan, de l'académie Kiev-Moguilianska, soulignant ainsi toute la difficulté pour Kiev de mener une opération militaire de reconquête dans ces conditions.

nm/neo/abk

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