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Obama au Japon: fastes et laborieuses discussions commerciales au menu

23/04/2014 11:11 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

Après des sushis en sous-sol mercredi soir, Barack Obama a retrouvé jeudi matin la pompe des visites d'État en inspectant la garde impériale japonaise en présence de l'empereur Akihito, avant de passer aux discussions politiques et économiques.

Pour cette première visite d'État d'un président américain depuis 18 ans, Barack Obama a été reçu par l'empereur et l'impératrice Michiko.

Au cours d'un échange d'amabilités, Obama a souligné que lors de leur dernière rencontre il n'avait pas les cheveux gris. "Vous avez un travail très dur", a répondu courtoisement l'Empereur.

Le "travail" avait apparemment commencé mercredi soir lorsque le Premier ministre Shinzo Abe avait emmené son hôte dans un très célèbre restaurant de sushis en sous-sol d'un immeuble du centre de Tokyo. Selon un employé d'un restaurant voisin, cité par les médias japonais, les deux dirigeants ont commencé à discuter intensivement à peine assis.

Le menu de jeudi est plus copieux avec un sommet formel entre Shinzo Abe et Barack Obama, où il sera grandement question de défense et de commerce, plus un dîner offert par le couple impérial.

"Le Japon marche sur le chemin de la paix" depuis 70 ans, et l'alliance avec les États-Unis est "indispensable et irremplaçable" pour la paix dans la région Asie-Pacifique, a déclaré Shinzo Abe au début du sommet.

Barack Obama a acquiescé, tout en se disant certain que "l'amitié et l'alliance" entre les deux pays allaient se poursuivre "dans les générations à venir".

Le Japon est la première étape d'une tournée compliquée pour Obama qui doit ensuite se rendre en Corée du Sud, en Malaisie et aux Philippines, car la région connait un regain de tensions notamment pour des questions territoriales maritimes en raison des ambitions grandissantes de la Chine voisine.

Mais comment rassurer ses alliés asiatiques sur l'engagement des États-Unis sans pour autant froisser la Chine? Comment renforcer la relation vitale avec le Japon tout en tenant compte de l'irritation de Pékin et de la Corée du Sud?

L'un des objectifs du président pour ce déplacement est assurément de réaffirmer sa volonté de rééquilibrer la politique étrangère américaine vers l'Asie.

La pression monte

L'étape à Tokyo est d'autant plus délicate que les relations entre la Chine, important partenaire politique, commercial et financier des États-Unis, et le Japon, "protégé" de Washington qui y dispose de 50.000 soldats, sont exécrables depuis un an et demi en raison d'un conflit territorial en mer de Chine orientale à propos des îles Senkaku, un archipel inhabité contrôlé par Tokyo et revendiqué par Pékin sous le nom de Diaoyu.

Avant son départ de Washington, M. Obama avait d'ailleurs tenu à réaffirmer dans une interview au quotidien nippon Yomiuri Shimbun que ces îles étaient couvertes par le traité de sécurité nippo-américain.

Autre sujet difficile à Tokyo: les négociations d'un ambitieux partenariat trans-Pacifique (TPP) qui regrouperait douze pays et qui prennent beaucoup de retard essentiellement du fait du refus japonais d'ouvrir son marché aux produits agricoles américains.

Depuis une dizaine de jours négociateurs américains et japonais travaillent d'arrache-pied pour permettre aux deux dirigeants de pouvoir annoncer une avancée significative.

Pour Obama, l'accord TPP, qu'il espérait boucler avant la fin 2013, est un élément essentiel de sa politique de "recentrage" de la diplomatie américaine vers l'Asie.

Mais pour l'instant, pour des raisons de politique intérieure, le vote paysan étant un réservoir important du parti conservateur au pouvoir au Japon, Tokyo ne veut rien lâcher sur ses cinq "vaches sacrées": sucre, riz, blé et produits à base de céréales, produits laitiers, boeuf et porc.

Côté américain, la pression monte aussi sur le président pour qu'il arrache cet accord aux Japonais: une soixantaine de membres du Congrès ont écrit en ce sens au négociateur en chef Michael Froman et au secrétaire à l'Agriculture Thomas Vilsack.

Vendredi matin, M. Obama est attendu en Corée du Sud, son autre allié régional qui, lui, est en première ligne face à l'imprévisible régime nord-coréen qui, selon des informations sud-coréennes, préparerait un quatrième essai nucléaire. Mais Séoul est brouillé avec Tokyo sur fond de haines historiques et, là aussi, de conflit maritime.

Fin mars, Barack Obama avait bien réussi à faire asseoir à la même table autour de lui Shinzo Abe et la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye, mais visiblement le coeur n'y était pas.

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