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Les soupçons s'accumulent autour du bisphénol A

23/04/2014 10:07 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

Des chercheurs français ont découvert le rôle d'un nouveau récepteur très sensible au bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien qui pourrait également provoquer ou aggraver des maladies métaboliques comme l'obésité ou le diabète.

Alors que les scientifiques pensaient jusqu'ici que les récepteurs des oestrogènes étaient les cibles principales du BPA, une équipe de chercheurs de l'Institut de génomique fonctionnelle et de l'Ecole nationale supérieure (ENS) de Lyon a démontré sur un modèle animal qu'un autre récepteur, très impliqué dans le métabolisme, jouait un rôle beaucoup plus important.

"Nous avons découvert que le récepteur ERRg (g pour gamma) avait une affinité 1.000 fois plus forte pour le BPA que les récepteurs des oestrogènes" relève Vincent Laudet, qui a dirigé l'étude publiée mercredi dans la revue américaine Faseb Journal.

Le bisphénol A est l'un des perturbateurs endocriniens les plus étudiés car on le trouve dans de nombreux contenants alimentaires, mais également sur des tickets de cartes bleues ou de caisse électronique ou encore dans certaines résines dentaires.

On sait depuis plusieurs années que l'exposition au BPA peut entraîner des malformations ou des dysfonctionnements des organes reproducteurs, un effet que les scientifiques lient à la capacité du BPA d'agir sur les récepteurs des oestrogènes.

Mais des études plus récentes effectuées sur des souris montrent que le BPA pourrait également affecter d'autres organes comme les reins ou le foie et augmenter les risques d'obésité et de diabète de type 2 et affecter la fonction cérébrale.

"Ces données nous ont conduit à penser que d'autres récepteurs du BPA pouvaient exister" indique M. Laudet qui a découvert le rôle du récepteur ERRg en travaillant avec son équipe sur des poissons-zèbres.

Les chercheurs ont montré que ce récepteur, connu depuis une dizaine d'années comme étant un régulateur du métabolisme, était le seul à être impliqué dans des malformations de la structure de l'oreille interne induites par le BPA et empêchant les poissons de réguler leur équilibre.

Pour Vincent Laudet, ces résultats "suggèrent qu'il faut réévaluer l'impact du BPA sur la santé humaine en élargissant son spectre d'action depuis les effets reproducteurs jusqu'aux effets développementaux et métaboliques".

Mais également qu'il convient de "rediscuter de la dose journalière admissible du composé puisqu'une dose beaucoup plus faible permet d'activer le récepteur ERRg".

En janvier, l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (Efsa) a indiqué que les seuils tolérés pour l'exposition au BPA - actuellement de l'ordre de 50 µg par kg de poids corporel par jour - devraient être divisés par dix à l'avenir, sur fond d'inquiétude croissante des consommateurs et des autorités nationales, notamment françaises, envers cette substance.

Le BPA est interdit dans les biberons depuis janvier 2011 dans l'UE.

La France est allée plus loin: après avoir étendu en 2013 cette interdiction à tous les contenants alimentaires destinés aux enfants de 0 à 3 ans, elle prévoit de l'appliquer à tous les contenants alimentaires à partir de juillet 2015.

ez/dab/pad

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