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Cernés par la haine, les derniers musulmans espèrent pouvoir bientôt fuir Bangui

23/04/2014 07:37 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

Une centaine en a été évacuée lundi, 1.300 y croupissent toujours sous la menace des milices anti-balaka: ces musulmans, quasiment les derniers de Bangui, terrés depuis des mois dans l'insalubre quartier PK-12, espèrent pouvoir bientôt fuir la capitale centrafricaine.

Originaires des quatre coins du pays, ces réfugiés internes ont échoué en décembre au PK-12, le "point kilométrique 12" à la sortie nord de Bangui, un quartier misérable où la mixité religieuse était autrefois réelle mais que quasiment tous les musulmans ont fui, laissant leurs maisons abandonnées.

Les anti-balaka - des milices de jeunes majoritairement chrétiens, constituées en réaction aux exactions de l'ex-rébellion Séléka à dominante musulmane - tuent alors à tour de bras, surtout des musulmans, disant venger les chrétiens des sévices infligés par la Séléka lorsqu'elle était au pouvoir, entre mars 2013 et janvier 2014.

Les naufragés du PK-12 n'ont qu'un espoir: se glisser dans un convoi à destination du Tchad. "Nous étions venus pour deux jours. Mais cela fait cinq mois que nous sommes là", soupire Yaya Yougoudou, l'un des aînés de la communauté, éleveur de son état.

Quand N'Djamena décide de stopper les opérations de rapatriement et d'évacuation - des dizaines de milliers de musulmans ont fui la Centrafrique -, ces familles se retrouvent prises au piège, coincées dans un bidonville entouré de quartiers chrétiens où les anti-balaka font la loi.

Leur quotidien s'apparente depuis à une interminable agonie. Les visages amaigris trahissent la faim et la maladie, dans cette enclave pauvre où les vivres ne parviennent que très difficilement.

"Regardez là-bas! Les gens qui attendent sont des anti-balaka. Ce petit pont, là, est notre limite", explique Abacar Hassan, l'un des rares habitants originaire du quartier.

"Là-bas", c'est 100 mètres plus loin en direction du nord, où le "petit pont" marque une frontière officieuse: au-delà, c'est la mort assurée, un musulman ne durerait pas 20 secondes.

Au sud, de l'autre côté de la route menant au coeur de Bangui, un blindé de l'armée française marque l'autre frontière religieuse. A droite et à gauche de l'axe bitumé, l'espace autorisé aux musulmans n'excède pas deux ou trois rangées de maisons.

Au-delà, tout a été détruit. Quelques pans de murs subsistent encore, mais tous les toits sont effondrés. Le quartier est ravagé. Une petite valise gît au sol, éventrée, au milieu de gravats et d'objets en plastique.

- 22 morts enterrés dans une clairière -

Le PK-12, devenu insalubre, est constamment la cible d'attaques des anti-balaka.

Dans un taudis lépreux, un mur est constellé d'impacts. "On a lancé une grenade ici le 11 avril. Une femme est morte. Elle préparait la bouillie pour son enfant", raconte Abdel Hafiss, un professeur.

Un dizaine de petits monticules de terre tassée, dans une minuscule clairière, constituent le cimetière musulman. 22 personnes sont mortes depuis décembre, dont 18 assassinées par les anti-balaka, disent les habitants.

Les chrétiens, même bien intentionnés, ne peuvent de leur côté plus traverser l'enclave musulmane.

Les deux communautés sont comme "deux boxeurs" qu'il faut "séparer", estime un humanitaire. "Ensuite, on pourra parler de réconciliation. Mais là c'est impossible". Et d'ajouter: "les musulmans veulent partir, les chrétiens veulent qu'ils partent. Il faut bâtir sur ce consensus."

Dimanche, un premier convoi, composé de 93 personnes et organisé avec l'aide de l'ONU, est parti sous la protection des forces internationales pour Bambari (centre), où il est arrivé lundi. "C'était une opération en dernier recours. Le mieux aurait été de les laisser là où ils se trouvent. Mais ce n'était pas possible", explique Maeve O'Donnell, une cadre de l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Les partants sont restés en contact téléphonique avec leurs anciens compagnons d'infortune de Bangui. "Là-bas, le site est parfait. Il y a de la place. Ils sont à l'aise, sans menaces. Certains ont même fait un tour du quartier!", s'émerveille Oumar Issaka, le chef du PK-12.

Le jour de leur départ, "c'était l'euphorie complète, même chez ceux qui restaient", se souvient un humanitaire. "Les gens voyaient que les choses, enfin, avançaient."

Environ 1.300 autres candidats au départ, déjà recensés par l'OIM, devraient suivre, en direction de Sido et Kabo, deux camps situés juste après la frontière, au Tchad voisin.

"Le mouvement a été planifié, mais pas défini. Nous n'attendons plus que l'accord des autorités pour aller de l'avant", affirme Maeve O'Donnell.

Petit hic, le feu vert gouvernemental pourrait mettre du temps à venir. Lundi, la ministre Antoinette Montaigne, en charge de la Réconciliation, a vertement critiqué les opérations de déplacement, qui "constituent de facto les prémices de la division alléguée de notre pays".

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