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Procès Al-Jazeera en Egypte: le parquet produit des enregistrements inaudibles

22/04/2014 11:35 EDT | Actualisé 22/06/2014 05:12 EDT

Le parquet égyptien a produit mardi des enregistrements inaudibles présentés comme de nouvelles preuves dans le procès de journalistes de la chaîne qatarie Al-Jazeera accusés d'avoir soutenu les islamistes en Egypte.

Lors de l'audience précédente de ce procès qui a déclenché un tollé international, le parquet avait cherché à prouver que les journalistes manipulaient les images de leurs reportages en produisant des vidéos sans lien avec leur travail.

Au total, huit détenus sont jugés, ainsi que 12 autres personnes par contumace: 16 Egyptiens sont accusés d'appartenir à une "organisation terroriste" --les Frères musulmans-- et quatre étrangers de leur avoir fourni "argent, équipements et informations" pour "diffuser de fausses nouvelles" et faire croire à une "guerre civile".

La prochaine audience a été fixée au 3 mai.

L'Egypte et le Qatar sont à couteaux tirés depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l'armée en juillet.

Le Caire reproche à Doha de soutenir les Frères musulmans, en particulier via sa chaîne très regardée dans le monde arabe, tandis que le petit émirat gazier dénonce la violente répression des les pro-Morsi --1.400 morts, 15.000 arrestations.

Parmi les accusés figurent trois journalistes de l'antenne anglophone d'Al-Jazeera détenus depuis près de quatre mois: le directeur égypto-canadien du bureau de la chaîne au Caire Mohamed Fadel Fahmy, l'Australien Peter Greste et l'Egyptien Baher Mohamed.

Mardi, lors de la sixième audience du procès, le parquet a produit des enregistrements audios contre trois autres accusés, poursuivis pour avoir fourni des vidéos de manifestations pro-Morsi à l'antenne égyptienne de la chaîne qatarie, Al-Jazeera Mubashir Misr.

"Si quelqu'un comprend quelque chose, qu'il nous le dise", a lancé un des avocats de la défense. "J'entends très bien de mon côté", a répliqué l'un des juges.

Les journalistes dans la salle d'audience, dont celui de l'AFP, ont eux aussi eu des difficultés à entendre ce qui était dit sur ces enregistrements.

Al-Jazeera affirme que seuls neuf des accusés sont ses employés, dont cinq journalistes, et Al-Jazeera English répète que les accusations contre ses journalistes sont absurdes.

M. Fahmy, blessé à une épaule avant sa détention, a demandé une nouvelle fois en vain une libération pour raison de santé.

Le parquet a également présenté des photographies de cartes de la zone de l'ambassade des Emirats Arabes Unis au Caire, où ont eu lieu des manifestations pro-Morsi, et des tracts appelant à des défilés. "Si ce sont des preuves, alors tous les journalistes du monde devraient être jugés", a dit M. Fahmy à l'AFP.

Les cinq Egyptiens qui comparaissent détenus aux côtés des trois journalistes ont affirmé à l'AFP qu'ils n'appartenaient pas aux Frères musulmans et ont tous assuré n'avoir jamais rencontré les journalistes avant leur détention. L'un d'eux a toutefois indiqué avoir fourni des vidéos à Al-Jazeera en langue arabe.

Selon le journaliste de l'AFP qui a assisté à toutes les audiences depuis l'ouverture du procès, le parquet n'a jusqu'à présent fourni aucun élément contre deux des cinq Egyptiens détenus.

"Chaque audience prouve un peu plus que le parquet lui-même n'a pas visionné ces preuves qui sont inutiles", a estimé M. Greste, dénonçant une atteinte "à la liberté de la presse".

Dans une autre affaire, les parents d'Abdallah al-Chami, un journaliste travaillant pour l'antenne arabophone d'Al-Jazeera, ont réclamé mardi sa libération, après 250 jours en détention sans qu'aucune accusation ne lui ait été notifiée, selon un communiqué de la chaîne, qui assure que M. Chami est en grève de la faim depuis plus de 90 jours.

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