NOUVELLES

Les grandes lignes du conflit au Soudan du Sud

22/04/2014 11:38 EDT | Actualisé 22/06/2014 05:12 EDT

Le Soudan du Sud, plus jeune Etat du monde né de décennies de conflit pour son indépendance, est au bord de l'effondrement après plus de quatre mois de guerre civile marquée par des massacres à caractère ethnique.

Voici les grandes lignes du conflit.

- LES ORIGINES:

Les combats ont éclaté le 15 décembre à Juba, au sein de l'armée sud-soudanaise, entre soldats fidèles au président Salva Kiir et ceux loyaux à son ancien vice-président Riek Machar, limogé en juillet, avant de se propager rapidement dans plusieurs régions du pays.

M. Kiir a dénoncé une "tentative de coup d'Etat" ourdie par M. Machar, ce que l'intéressé a nié, accusant en retour le président d'user d'un prétexte pour se débarrasser de ses rivaux.

A la lutte entre MM. Kiir et Machar se sont greffés des antagonismes entre peuples dinka et nuer, les deux principaux groupes ethniques du pays, dont sont respectivement issus ces deux anciens chefs historiques de la SPLA, la rébellion sudiste ayant combattu Khartoum entre 1983 et 2005.

Ces inimités ont en partie pour origine ce long conflit ayant débouché sur l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011. M. Machar avait un temps fait défection dans les années 1990 et rallié Khartoum. Ses troupes avaient alors massacré quelque 2.000 Dinka à Bor (centre). Il a ensuite regagné les rangs de la SPLA.

Dans les deux camps, aux militaires - majoritairement dinka chez Kiir et nuer chez Machar - s'ajoutent des milices ethniques, comprenant souvent des enfants-soldats.

- L'ETENDUE:

Le bilan exact du conflit est inconnu, mais il a fait selon les observateurs plusieurs milliers de morts - jusqu'à 10.000, selon certains - et chassé de chez eux plus d'un million de Sud-Soudanais, dont une partie vers les pays voisins.

- LES FORCES EN PRESENCE:

L'armée gouvernementale est soutenue officiellement par des soldats et des avions de chasse ougandais.

Dans le camp Machar, les militaires mutins sont épaulés par l'Armée Blanche ("White Army"), une milice de jeunes Nuer. Fin 2011 et début 2012, l'Armée blanche avait mené des raids meurtriers de représailles autour de vols de bétails contre la tribu Murle.

Le camp Machar accuse également des rebelles soudanais, qui combattent Khartoum depuis 2003 dans l'Etat du Darfour, de prêter main-forte aux forces pro-Kiir. Ces dernières affirment que des miliciens djandjawid, supplétifs de Khartoum au Darfour, soutiennent les forces pro-Machar. Les deux camps nient l'implication de forces soudanaises à leur côté.

8.000 Casques-Bleus à peine sont pris entre les belligérants, dans un pays de la taille de la péninsule ibérique, sans routes, aux pistes boueuses impraticables durant la saison des pluies.

- LES REVENDICATIONS REBELLES:

Riek Machar qualifie Kiir de "dictateur" et affirme vouloir le renverser.

Militairement, il cherche pour l'heure à s'emparer des champs pétroliers du pays, qui assuraient avant le conflit environ 98% de ses recettes. Les experts estiment que, cantonné dans la brousse et limité en munitions et carburant, il n'est pas en mesure de prendre Juba, comme il assure vouloir le faire.

- LA CRISE HUMANITAIRE:

L'ONU a récemment averti que la famine menaçait plus d'un million de personnes au Soudan du Sud, où cinq millions de personnes ont plus largement besoin d'aide. Quelque 80.000 personnes terrifiées, craignant d'être tuées en raison de leur appartenance ethnique, s'entassent dans des conditions catastrophiques dans les huit bases que compte l'ONU dans le pays.

- LES EFFORTS DE PAIX:

Un simple cessez-le-feu a péniblement été signé le 23 janvier à Addis Abeba après d'interminables négociations mais n'a jamais été respecté. Des discussions sur une issue politique durable au conflit doivent reprendre fin avril, mais n'ont jusqu'ici pas connu la moindre avancée, les délégations se querellant interminablement sur des points de procédure dans des hôtels de luxe de la capitale éthiopienne.

- L'IMPACT:

Les maigres progrès enregistrés grâce aux milliards de dollars d'aide au développement déversés après l'indépendance ont été anéantis. La production de pétrole - cruciale pour le pays, mais aussi pour le Soudan voisin qui touche des redevances de passage du brut sud-soudanais dans ses oléoducs - a dégringolé, voire est à l'arrêt dans certaines zones.

Les quelques villes et localités d'importance, à l'exception de la capitale, ont été rasées par les combats.

bur-pjm/ayv/mba

PLUS:hp