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Poutine signe un décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée

21/04/2014 07:30 EDT | Actualisé 21/06/2014 05:12 EDT

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé lundi avoir signé un décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée en tant que peuple réprimé sous Staline, un geste en faveur de cette minorité musulmane qui s'est montrée hostile au rattachement à la Russie.

"Je tiens à vous informer que j'ai signé un décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée, des Arméniens, des Allemands, des Grecs, de tous ceux qui ont souffert sous la répression stalinienne", a-t-il annoncé au début d'une réunion gouvernementale.

Ce décret, disponible sur le site du Kremlin, inclut des mesures "pour le développement des autonomies culturelles nationales", "pour l'accès à l'apprentissage des langues des peuples opprimés", "pour le développement de leur artisanat et d'entreprises locales", et "pour leur développement socio-économique".

Les Tatars de Crimée, qui représentent environ 12% de la population de la péninsule située au sud de l'Ukraine, ont largement boycotté le référendum du 16 mars qui a abouti au rattachement de la Crimée à la Russie.

Cette communauté se méfie de Moscou depuis que Joseph Staline, qui les accusait d'avoir collaboré avec les Allemands, a ordonné leur déportation en masse de la Crimée vers l'Asie centrale à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Ils n'ont été autorisés à retourner en Crimée qu'après la perestroïka, à la fin de l'époque soviétique. L'Ukraine n'a jamais adopté de loi sur leur réhabilitation, et les Tatars sont toujours confrontés à des questions de propriété de la terre notamment.

La Russie a adopté en 1991 une loi de réhabilitation des peuples réprimés, qui accorde le droit à des indemnisations.

Réagissant à la signature du décret par M. Poutine, Nariman Djelial, vice-président du Medjlis, l'assemblée représentative des Tatars de Crimée, s'est dit réservé.

"Dire que le Medjlis et les Tatars de Crimée l'ont accueilli avec joie et enthousiasme est pure fantaisie", a-t-il dit à l'AFP.

"Il s'agit d'un ensemble de souhaits et de directives que nous avons entendus plus d'une fois, y compris du côté des autorités ukrainiennes. (...) En prenant cela en compte, les Tatars de Crimée aujourd'hui préfèrent rester réservés", a-t-il poursuivi.

"Nous allons attendre la mise en oeuvre pratique" du décret, a-t-il déclaré.

Après le rattachement de la péninsule, Vladimir Poutine s'était engagé à faire des gestes en faveur des Tatars de Crimée, communauté forte aujourd'hui d'environ 300.000 personnes.

Le président russe avait assuré jeudi, au cours de sa séance annuelle de questions-réponses télévisée, que le décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée était en préparation.

"Nous devons assurément faire tout notre possible pour que commence le processus de réhabilitation et de restauration des droits et des intérêts légitimes des Tatars de Crimée par la Fédération de Russie", avait-il dit.

L'annonce de la signature du décret intervient alors que lundi matin une trentaine d'hommes en tenue de camouflage se sont rendus au Medjlis à Simféropol, capitale de la Crimée, pour retirer le drapeau ukrainien qui y flottait depuis le 19 avril, à la demande du leader historique des Tatars de Crimée, Moustafa Djemilev.

Trois femmes tatares, présentes sur les lieux, ont tenté de s'interposer, a raconté à l'AFP l'une d'elles, la porte-parole du Medjlis, Lilia Mouslimova.

Mais elles ont été repoussées et insultées par ces hommes, a-t-elle ajouté.

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