NOUVELLES

Naufrage du ferry: la Corée abasourdie par la réaction de l'équipage

21/04/2014 12:21 EDT | Actualisé 20/06/2014 05:12 EDT

Les opérations de récupération de dizaines de corps se poursuivaient lundi à l'intérieur du ferry qui a fait naufrage, alors que la Corée du Sud, sa présidente en tête, condamne l'inaction dont a fait preuve l'équipage, paniqué, au moment du drame.

"Les actes du capitaine et de certains membres de l'équipage sont totalement incompréhensibles, inacceptables et équivalents à un meurtre", a déclaré la chef d'État. "Non seulement moi, mais tous les Sud-Coréens, avons le coeur brisé, sous le choc, et rempli de colère".

Le dernier bilan lundi fait état de 65 morts et de 238 disparus, sur les 476 personnes à bord du Sewol, dont 352 lycéens en voyage scolaire.

Les échanges, rendus publics, avec les autorités maritimes lors de l'accident dépeignent un équipage paniqué, incapable de prendre une décision, alors que le Sewol, immobilisé suite à un choc, s'apprête à sombrer.

Les autorités ordonnent de s'assurer que tout le monde porte un gilet de sauvetage, tandis que l'équipage s'affole et demande quand vont arriver les bateaux de secours.

"Faites-leur au moins porter une bouée de sauvetage et laissez-les flotter! Tout de suite!", crie un responsable des secours à terre.

Il est de plus en plus évident que le capitaine, Lee Joon-Seok, 59 ans et des années d'expérience, a retardé bien trop longtemps l'évacuation du ferry, et qu'il a ensuite "abandonné" les passagers en quittant le bateau, alors que des centaines étaient encore à bord, piégés, a estimé la présidente.

- Des minutes gaspillées -

"Ça dépasse complètement l'imagination, d'un point de vue légal et moral", a déclaré Mme Park, promettant que tous ceux reconnus responsables seront traînés devant la justice.

Selon les témoignages des rescapés, après que le ferry s'est immobilisé, les passagers ont reçu la consigne de ne pas bouger, pendant plus de 40 minutes.

Lorsque le bateau a commencé à piquer du nez, il était trop tard pour sortir, les passagers ne parvenant pas à remonter le long de couloirs glissants, en oblique, alors que l'eau s'engouffrait.

"Des minutes précieuses bêtement gaspillées", écrit en Une le quotidien Dong-A Ilbo lundi.

Cha Sang-Hoon, le directeur de l'hôpital d'Ansan, où 74 jeunes survivants ont été admis, a déclaré que 20 pour cent d'entre eux souffrait d'un grave stress post-traumatique et de dépression.

Pour reconstituer le déroulé des événements, les enquêteurs récupèrent des centaines de messages envoyés par les passagers - la plupart des adolescents -, notamment via Kakao Talk, un service de messagerie instantanée très populaire en Corée.

Un de ces messages a été envoyé par une lycéenne à son père, identifiée sous le nom de Shin. "Papa, ne t'en fais pas. Je porte mon gilet de sauvetage et je suis avec les autres filles. Nous sommes dans le bateau, dans le couloir".

Son père lui ordonne de sortir à tout prix mais il était trop tard. "Papa, je ne peux pas. Le bateau penche trop. Le couloir est plein de gens", dit-elle dans son dernier message.

- Corps débarqués au port -

La police a arrêté lundi quatre membres supplémentaires de l'équipage, après avoir interpellé samedi le capitaine et deux membres de l'équipe, dont l'officier subalterne peu expérimenté qui se trouvait à la barre lors de l'accident.

Ironie de l'histoire, le capitaine était la vedette d'une vidéo promotionnelle en 2010, dans laquelle il vantait la sécurité des voyages en ferry "à partir du moment où vous suivez les instructions de l'équipage".

Les familles des morts et des disparus critiquent vertement la réaction du gouvernement et des autorités depuis le naufrage, estimant notamment que les secours ont été trop lents à entrer dans le ferry, entièrement submergé.

La chef de l'État avait elle-même affronté l'exaspération et la colère des proches des disparus, lors d'une rencontre tendue la semaine dernière à Jindo, l'île voisine du lieu de l'accident, devenu quartier général des opérations de secours et de soutien aux familles.

Les opérations se poursuivaient lundi à l'intérieur de ferry, où les plongeurs ont mis longtemps à entrer en raison de violents courants et d'une visibilité quasi nulle. Vingt-quatre corps ont été récupérés à l'intérieur.

"Nous pensons que beaucoup se trouvent sur les 3e et 4e ponts, où étaient situées les cabines et nous allons nous concentrer sur cette zone", a indiqué un porte-parole des garde-côtes.

Les cadavres, enveloppés d'un linge blanc, sont débarqués au petit port de Jindo, qui retentit des larmes et des cris des familles, avant d'être amenés sous une tente pour être identifiés.

lim-jhw/gh/fmp/ml

PLUS:hp