NOUVELLES

Il faut du courage pour défendre l'Ukraine unie dans l'est du pays

20/04/2014 08:42 EDT | Actualisé 20/06/2014 05:12 EDT

Il faut du courage aujourd'hui pour défendre ouvertement l'Ukraine unie et s'opposer aux militants pro-russes qui, dans l'est du pays, rêvent d'autonomie ou d'un rattachement pur et simple à la Russie.

"Faire preuve de patriotisme est aujourd'hui très dangereux", relève Andriï, 36 ans, qui a participé jeudi dernier à une manifestation pour l'unité de l'Ukraine rassemblant quelque 2.000 personnes à Donetsk, ville d'un million d'habitants, dans l'Est russophone agité par un fort mouvement séparatiste.

"Beaucoup de gens soutiennent l'idée d'une Ukraine unie, mais ils ont peur de s'exprimer", estime-t-il.

A l'issue d'une manifestation pour l'unité de l'Ukraine et contre le séparatisme à Donetsk le 13 mars, un étudiant de 22 ans, Dmytro Tchernyavski, avait été tué à coups de couteaux dans des heurts avec des militants pro-russes qui avaient fait par ailleurs une trentaine de blessés.

"Nous sommes obligés de coller des tracts et des affiches pendant la nuit, avec des gens qui nous protègent, parce qu'il est aujourd'hui dangereux de dire que l'on aime l'Ukraine et de coller des petits drapeaux ukrainiens à Donetsk", explique à l'AFP Tetiana Dourneva, 31 ans.

Cette politologue, militante pour l'unité de l'Ukraine et mère de deux enfants, relève que les menaces sont fréquentes contre ceux qui s'opposent aux séparatistes pro-russes.

"Après avoir reçu des menaces, deux de nos militants ont dû se cacher et ont finalement quitté Donetsk. Des gens tournaient autour de leur maison, ils étaient suivis", poursuit-elle.

Tetiana et ses amis du Comité des forces patriotiques du Donbass (bassin minier dans l'est de l'Ukraine) publient chaque semaine un journal de quatre pages, "Ici Donetsk" qui plaide pour l'unité du pays et pour le dialogue entre "les partisans de la Russie et les patriotes ukrainiens".

- Cocktails Molotov contre un journal -

A 80 km de Donetsk, dans la ville de Torez, le seul journal pro-ukrainien a été victime d'un incendie criminel la semaine dernière.

"Des inconnus ont lancé deux cocktails Molotov après avoir cassé la fenêtre de notre rédaction. Il était 2 h du matin, je finissais l'édition de notre hebdomadaire avec un collègue. Nous avons pu éteindre l'incendie, sinon tout aurait brûlé", a raconté à l'AFP Igor Abyzov, directeur du journal Pro Gorod.

Samedi, une cinquantaine de militants pro-russes réunis dans cette ville de 70.000 habitants, a applaudi à l'annonce de l'incendie contre le journal.

"Nos ennemis, ce sont les citoyens qui sont pro-Ukraine", a déclaré l'une des intervenantes de ce meeting.

"Nous avons eu plusieurs journalistes agressés, on a essayé de casser notre matériel, on nous a volé le tirage du journal...", a ajouté M. Abyzov qui s'appuie sur une béquille depuis une agression par deux inconnus qui l'ont roué de coups et lui ont cassé une jambe.

Dans l'est du pays, le combat parait inégal entre partisans d'une Ukraine unie et séparatistes pro-russes.

Les pro-russes occupent depuis des semaines des bâtiments publics à Donetsk et plusieurs villes de la région. Ils se sont emparés de dépôts d'armes, ont érigé des barrages sur les routes, et sont épaulés par des hommes armés et bien entraînés.

Ces derniers, qui se sont emparés la semaine dernière de blindés de l'armée ukrainienne, sont présentés comme des milices locales d'autodéfense. Kiev et les Occidentaux considèrent qu'il s'agit d'unités d'élite des services spéciaux de l'armée russe.

Les pro-ukrainiens, eux, rassemblent quelques milliers de manifestants pacifiques souvent troublés par l'inaction apparente de Kiev contre les séparatistes.

"Si le pouvoir réagissait normalement à la situation, il n'y aurait pas besoin d'organiser ce genre de manifestation. Nous sommes là pour les inciter à faire quelque chose", relevait Oleg, 56 ans, lors du rassemblement pro-Ukraine jeudi à Donetsk.

A Torez, Anton Grabovski, 26 ans, journaliste de Pro Gorod, s'interroge sur son avenir: "Mon amie ne veut pas de la Russie. Si nous devenons une partie de la Russie, elle veut partir à Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine. Je suis assez d'accord avec elle".

Tetiana Dourneva sait déjà ce qu'elle fera si la région de Donetsk devait se détacher de l'Ukraine: "Je ne resterai pas ici. Je ne veux pas vivre dans un Etat étranger", déclare-t-elle, tout en affirmant garder encore espoir.

"Dans la situation où nous nous trouvons, il n'y a que Dieu qui puisse nous aider", avait déclaré un prêtre orthodoxe, le père Vassyl, aux manifestants pro-Ukraine jeudi à Donetsk.

nm/neo/gg

PLUS:hp