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40 ans après, l'esprit de Salazar continue de hanter sa ville natale

19/04/2014 05:32 EDT | Actualisé 19/06/2014 05:12 EDT

La photo jaunie de la statue du dictateur trône au-dessus du zinc du restaurant Cova Funda à Santa Comba Dao. La nostalgie de son régime, l'Estado Novo, est palpable, le culte de l'enfant du pays qui dirigea le Portugal d'une main de fer reste intact.

Accoudés au comptoir, les habitués ne cachent pas leur admiration pour celui qu'ils considèrent comme "l'homme politique le plus honnête qu'ait connu le Portugal". Antonio de Oliveira Salazar, décédé quatre ans avant la Révolution du 25 avril 1974, continue de hanter les esprits de sa ville natale.

"C'était un grand homme, rien à voir avec les corrompus qui nous gouvernent aujourd'hui", s'emporte José Manuel Gomes, 47 ans. "A l'époque on vivait mieux, tout le monde avait du travail", avance ce fonctionnaire qui n'a pourtant pas connu ces années sombres.

"Il faudrait une centaine de Salazar pour redresser le pays", renchérit Manuel Campos, 59 ans, restaurateur de meubles anciens. "C'était un dictateur, mais ce n'était pas Hitler ou Mussolini".

Les quelque 30.000 prisonniers politiques et la cinquantaine de dissidents tués semblent effacés de leur mémoire. Pour les adeptes de Salazar, c'était des "exactions de la PIDE", la police politique, qui échappaient au contrôle de l'homme fort.

- Musée miniature -

Au fond de la salle, s'empilent un buste de Salazar, des photos de sa statue, qui fut décapitée après la Révolution, et des magazines et livres de l'Estado Novo, apportés au fil du temps par les clients. Un musée miniature à la gloire du dictateur.

Toque blanche vissée sur la tête, Helena Soares, 39 ans, la fille du propriétaire du restaurant, arbore un grand sourire: "C'est surtout sa personnalité qui fascine les gens. Cela ne les empêche pas de voter socialiste ou conservateur".

Et ce n'est guère le parti d'extrême droite PNR, très marginal au Portugal avec 0,2 à 0,3% des voix, qui risque de faire une percée à Santa Comba Dao, une petite commune de 11.500 habitants dans le centre du pays.

"Salazar, c'est un sujet qui divise la population, il y a les pro et les anti. Il fait partie de notre histoire", commente le socialiste Leonel Gouveia, élu maire de la commune en 2013.

Un Portugais sur cinq (19%) estime que la dictature avait plus de bons côtés que de mauvais, contre 17% il y a dix ans, selon une étude de l'Université de Lisbonne.

"Avec la crise, le nombre de nostalgiques s'est accru à Santa Comba Dao et ailleurs au Portugal", regrette Alberto Andrade, 57 ans. Ce militant antifasciste natif de la bourgade a juré de ne plus mettre les pieds au restaurant Cova Funda dont l'une des spécialités est "la morue à la Salazar".

- 'Gouverner sans voler' -

Le petit neveu de Salazar, 65 ans, y a ses habitudes, il y déjeune tous les dimanches. Front dégarni, fines lunettes carrées, Rui Salazar évoque un "patriote humanitaire" qui "a fait plus de bien au pays que la démocratie en 40 ans".

Sa modeste maison, située dans l'avenue qui porte toujours le nom de son grand oncle, regorge de souvenirs, dont un livre intitulé "Mes vacances avec Salazar" publié en 1952 par sa maîtresse, la journaliste française Christine Garnier.

Au bout de la rue, des inconditionnels de celui qui régna sur le Portugal de 1932 à 1968 avant de passer la main à Marcelo Caetano, continuent à se réunir une fois par mois dans une salle sombre, tapissée de tableaux et meubles de "l'ouvrier de la patrie".

Un peu plus loin, la maison où a grandi le dictateur est en ruines. "Ici est né le 28/4/1889 le Dr Oliveira Salazar, un Monsieur qui a gouverné sans jamais rien voler", proclame une plaque accrochée en dessous du toit décrépit aux tuiles arrachées par la tempête.

Sa sépulture, soigneusement fleurie, repose au cimetière voisin: "tu vivras éternellement dans le coeur de millions de Portugais", assure l'une des nombreuses épitaphes. Trois jours après la fête de la Révolution, des centaines de fidèles vont encore y commémorer son anniversaire.

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