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Ukraine: les séparatistes rejettent l'accord, exigent le départ du gouvernement

18/04/2014 07:05 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

Les insurgés séparatistes de l'Est de l'Ukraine ont rejeté vendredi l'accord surprise conclu la veille prévoyant leur désarmement et la libération des bâtiment publics qu'ils occupent, exigeant le départ du gouvernement pro-européen de Kiev.

Le président par intérim Olexandre "Tourtchinov et (le premier ministre Arseni) Iatseniouk doivent d'abord quitter les bâtiments qu'ils occupent illégalement après leur coup d'Etat", comme les séparatistes appellent le soulèvement qui a renversé fin février un régime pro-russe, a déclaré à la presse à Donetsk Denis Pouchiline, un "ministre" du gouvernement de la "république de Donetsk" autoproclamée.

L'application de l'accord ne pourrait en outre intervenir "qu'après une réforme constitutionnelle", a-t-il ajouté. Les séparatistes réclament une "fédéralisation" de la Constitution ukrainienne, que refuse le gouvernement, qui y voit la porte ouverte à l'éclatement du pays et propose une "décentralisation".

Les séparatistes, qui prévoient un référendum sur l'autonomie régionale le 12 mai, ne se sentent pas liés par l'accord car le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï "Lavrov n'a pas signé en notre nom mais au nom de la Russie," a ajouté le responsable. Moscou avait initialement exprimé le souhait que les séparatistes soient représentés aux négociations qui ont réuni jeudi à Genève Ukraine, Russie, Etats-Unis et Union européenne.

- 'Pas dans une phase active' -

Et M. Pouchiline d'accuser le gouvernement de violer l'accord en ne retirant pas les forces envoyées pour une "opération antiterroriste", qui a jusqu'à présent tourné à la débandade. Laquelle opération était maintenue vendredi, mais "pas dans une phase active" a indiqué vendredi Marina Ostapenko, porte-parole des services spéciaux (SBU).

Sur le terrain, les mystérieux "hommes verts" en armes, des militaires russes selon Kiev, des "groupe locaux d'auto-défense" selon la Russie, contrôlaient toujours la localité de Slaviansk, qu'ils ont prise il y a six jours. Et les séparatistes, simples manifestants ou groupes armés, tiennent toujours des bâtiments publics dans une demi-douzaine de villes de l'Est russophone.

Les Occidentaux, Kiev et Moscou avaient pourtant conclu jeudi à Genève un accord pour une désescalade, alors que l'Ukraine apparaissait au bord de l'éclatement.

Il prévoit notamment le désarmement des groupes armés illégaux et l'évacuation des bâtiments occupés, ainsi qu'une amnistie pour ceux qui respecteront ces dispositions, à l'exception des "coupables de crimes de sang".

L'accord stipule aussi que le processus constitutionnel promis par le gouvernement transitoire ukrainien sera "transparent", "avec l'établissement d'un large dialogue national, pour inclure toutes les régions ukrainiennes et toutes les entités politiques".

Mais alors qu'une présidentielle anticipée est prévue le 25 mai pour installer un pouvoir légitimé par les urnes, le gouvernement s'est donné jeudi soir par décret jusqu'au 1er octobre pour préparer la "décentralisation".

- Occidentaux aveugles -

L'accord de Genève a également déçu les partisans de l'unité ukrainienne.

"Ces accords ne mentionnent pas l'intégrité territoriale de l'Ukraine, ni n'exigent de la Russie de cesser l'occupation de la Crimée, ni ne mentionnent les saboteurs russes dans le Donbass" (bassin minier de l'Est). Les Occidentaux ne se rendent-ils pas compte que (le président russe Vladimir) Poutine est une menace pour l'Europe et le monde?" s'emportait sur son blog Anatoli Gritsenko, ex-ministre de la Défense et candidat à la présidentielle du 25 mai.

"C'est l'échec des règles et des garanties de la sécurité mondiale. Nous voyons maintenant que les garanties de l'inviolabilité des frontières ukrainiennes ne valent rien", renchérissait la chanteuse Rouslana, lauréate de l'Eurovision et militante très active du Maïdan.

Moscou a rattaché en mars la péninsule ukrainienne de Crimée à son territoire, après un référendum controversé et, déjà, l'intervention de groupes armés non-identifiés. "La Crimée est à nous," a répété vendredi le Premier ministre Iatseniouk.

Le président américain Barack Obama s'était montré dès jeudi très prudent sur les accords, déclarant n'avoir aucune certitude que l'accord permette une "désescalade" sur le terrain. Et il a averti que de nouvelles sanctions américaines et européennes à l'encontre de Moscou seraient prises en cas d'impasse.

- 'Obligé' d'envoyer des troupes? -

"Il faudra encore plusieurs jours pour voir si les déclarations se concrétisent", avait-il prévenu.

Moscou, tout en démentant énergiquement être derrière les récentes insurrections, comme l'en accusent Kiev et les Occidentaux, a en effet adopté un ton très dur sur la crise ukrainienne, la pire entre Est et Ouest depuis le fin de la guerre froide et qui a fait craindre un éclatement de ce pays de 46 millions d'habitants, frontalier de plusieurs pays membres de l'Union européenne et de l'Otan.

Quelques heures avant l'annonce d'un accord à Genève, mais alors que les discussions étaient déjà en cours, M. Poutine avait ainsi dit "espérer fortement" ne pas être "obligé de recourir" à l'envoi de ses forces armées en Ukraine.

La Russie a massé jusqu'à 40.000 hommes à la frontière entre les deux pays, et le président russe a déjà à plusieurs reprises affirmé qu'il assurerait "à tout prix" la protection des russophones de l'ex-URSS.

La Russie n'a "aucun désir" d'envoyer des troupes en Ukraine, a déclaré son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov devant la presse à Genève. "Cela serait contre nos intérêts fondamentaux".

Moscou souffle ainsi toujours le chaud et le froid, alors même que "les deux ou trois prochains jours seront cruciaux", selon le chef de la diplomatie ukrainienne Andriï Dechtchitsa.

bur-so/neo/ros

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