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Ukraine : le "niet" des insurgés pro-russes de Slaviansk après Genève

18/04/2014 02:20 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

Multitude de barrages dans les rues, hommes encagoulés armés de fusils d'assaut et même quelques blindés : les insurgés pro-russes de Slaviansk, dans l'Est de l'Ukraine, étaient déterminés vendredi à poursuivre leur action, ignorant l'accord conclu la veille à Genève.

"Nous voulons la constitution d'un Etat fédéral. Nous resterons jusqu'à ce qu'un référendum sur cette question soit organisé", explique à l'AFP Kirill, un père de famille de 29 ans qui monte la garde devant un amas de pneus bloquant l'accès au principal poste de police.

Comme beaucoup de ces membres de milices d'"autodéfense", il dit ne pratiquement rien savoir du résultat des négociations en Suisse entre l'Ukraine, la Russie, l'Union européenne et les Etats-Unis, qui prévoient notamment le démantèlement de tels groupes.

"Si l'armée ukrainienne nous attaque, on ne pourra demander d'aide qu'à la Russie", ajoute-t-il, affirmant être "prêt à mourir pour que ses enfants vivent mieux", tandis qu'un homme en tenue de camouflage franchit la barricade, kalachnikov en bandoulière.

Non loin de là, rue Karl Marx, deux blindés légers passés aux mains des séparatistes sont garés.

A Kramatorsk, une localité voisine située à une centaine de kilomètres au nord de Donetsk, Artour, une casquette vissée sur la tête, continue, depuis samedi, à faire le pied de grue à l'entrée de la mairie avec une demi-douzaine de jeunes opposants, comme lui, aux autorités de Kiev.

Un nombre indéterminé de ses camarades sont retranchés à l'intérieur de cette bâtisse à proximité de laquelle s'élève une imposante statue de Lénine.

Et ce alors qu'en Suisse, jeudi, les parties représentées s'étaient engagés à faire évacuer l'ensemble des bâtiments investis.

- "S'unir à la Russie" -

Poussé dans ses derniers retranchements, cet ancien directeur d'une agence de publicité finit par lâcher : "Je pense qu'encore mieux qu'une fédération, ce serait de s'unir à la Russie", car "je n'ai absolument aucune confiance en Kiev".

D'ailleurs, estime Artour, "à part Vladimir Vladimirovitch (Poutine), je ne vois personne digne de devenir notre président". Et d'annoncer qu'il n'ira pas voter à la présidentielle ukrainienne prévue pour le 25 mai, "car aucun des candidats en lice n'a de légitimité".

Interrogé sur le désarmement des milices comme la sienne annoncé à Genève, il assure qu'"il n'y a pas de terroristes ici, nous n'avons pas d'armes".

"Il est grand temps de loger une balle dans la tête d'(Arseni) Iatseniouk", le Premier ministre ukrainien, est-il cependant écrit sur une affiche apposée à côté de lui sur une barricade, tandis que deux avions de chasse volent soudain au-dessus de Kramatorsk.

Une poignée d'autres "volontaires" pro-russes sont déployés près du portail d'une base aérienne ukrainienne toute proche vers laquelle se dirige bruyamment un hélicoptère de transport de troupes.

"Nous resterons jusqu'au bout, jusqu'à ce que la situation soit réglée de manière pacifique", s'enflamme Dima, qui dit travailler dans une usine de la région et être depuis une semaine et demie sur cette chaussée poussiéreuse en travers de laquelle un arbre abattu a été posé.

Il clame lui aussi haut et fort ne pas être armé et ne recevoir "aucun ordre de quiconque".

A ces hommes qui tentent en présence de l'AFP de "négocier" avec un officier ukrainien, ce dernier rétorque qu'il n'hésiterait pas à faire ouvrir le feu si les "civils" comme lui tentaient d'aventure de s'introduire de force dans la base.

Cette situation complexe ne décourage pas Lukas Walther, un observateur suisse de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), arrivé il y a quinze jours dans la région et qui se trouvait également vendredi, avec deux de ses collègues, aux abords de ces installations militaires.

"Nous avons quelques copies de l'accord de Genève et nous les remettons (à des habitants), pour information", déclare-t-il.

Sur la route de Kramatorsk à Donetsk, des militants pro-russes filtraient toujours la circulation à des points de contrôle improvisés, signe là aussi du statu quo régnant depuis la rencontre internationale.

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