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Quand Garcia Marquez écrivait son premier grand roman à Paris

18/04/2014 11:57 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

Il neigeait sur Paris ce jour de janvier 1957 où un jeune journaliste du quotidien colombien El Espectador, Gabriel García Marquez, terminait l'écriture de "Pas de lettre pour le colonel", son premier grand roman.

En décembre 1955, le jeune Colombien était arrivé au pays de Rabelais, Rimbaud et Georges Brassens avec la mission de rédiger des chroniques sur l'actualité européenne.

L'actrice espagnole Tachia Rosoff, petite amie de l'écrivain à l'époque, raconte qu'il apprenait le français en écoutant avec plaisir les chansons de Brassens. "Il les chantait merveilleusement bien", se souvient-elle.

Jacques Gilard (1943-2008), professeur de littérature hispano-américaine à l'université de Toulouse-Le Mirail (sud-oouest) et spécialiste de Garcia Marquez, a très bien expliqué comment la pratique du reportage et la lecture de Camus et Hemingway ont permis à "Gabo", son surnom donné par ses proches, de forger son style qui le conduira jusqu'au "colonel". Il l'avait résumé ainsi : "un récit dense et objectif pour exprimer les choses à grands traits".

Pendant qu'il rédigeait ce roman, Garcia Marquez vivait lui-même dans une précarité très proche de celle de son personnage, le vieux colonel qui attend en vain le versement de sa pension de guerre.

El Espectador, le journal colombien qui employait le jeune journaliste, avait été fermé par le dictateur Gustavo Rojas Pinilla (1953-1957) et Garcia Marquez avait du mal à manger chaud tous les jours.

Ses biographes rapportent qu'il chantait des boleros en échange de quelques francs dans le bar latino-américain "L'Escale", rue Monsieur le Prince à Paris, accompagné à la guitare par le Vénézuélien Jesus Rafael Soto, qui deviendra un artiste plasticien reconnu (1923-2005).

- Poissons d'or -

On sait que la figure du colonel Aureliano Buendia, fabricant de petits poissons d'or, a été inspirée par Nicolas Marquez, le grand-père de l'écrivain qui, après avoir été militaire, s'était reconverti en bijoutier.

Enfant, ce dernier écoutait les histoires des survivants de la guerre civile des Mille Jours (1899-1902) et le Massacre des Bananeraies (1928), deux événements historiques en Colombie qui ont été transposés de manière poétique dans "Cent ans de solitude".

La référence aux poissons d'or pourrait provenir de l'alchimie mais aussi de la lecture du "Bateau ivre", un des poèmes préféré du romancier, dans lequel Rimbaud écrit : "j'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants".

Après son premier séjour en Europe, l'auteur caribéen a parcouru le monde en apprenant à voir "tout ce que notre patrie a d'universel".

L'oeuvre de Gabriel Garcia Marquez puise ses origines dans les rêves et les mythes du monde indigène et métissé caribéen, ainsi que dans ses lectures, nourries dès l'enfance par Les Mille et une nuits, la Bible, l'Iliade, l'Odyssée, Crime et Châtiment, Gargantua et Pantagruel, Le Comte de Monte-Cristo, Don Quichotte, La Métamorphose, Oedipe Roi et par des auteurs comme Faulkner et Tolstoï.

Son écriture est aussi très marquée par le cinéma. "Jusqu'à mes 30 ans, je suis allé au cinéma presque tous les jours, j'ai été critique de cinéma, j'ai été dans les festivals, j'ai étudié la réalisation à Rome", racontait cet admirateur d'Orson Welles, Kurosawa, Truffaut, Rossellini et Ruy Guerra.

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