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Naufrage du ferry: la Corée en deuil, assommée par le drame

18/04/2014 05:56 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

Programmes télévisés interrompus, festivités annulées, campagnes politiques mises en sourdine: le naufrage d'un ferry avec à son bord des centaines de personnes, dont nombre de lycéens, a frappé de stupeur la Corée du Sud, pays riche et moderne qui se pensait à l'abri d'une telle tragédie.

Le bateau qui transportait 475 personnes, dont plus de 300 lycéens en voyage scolaire, a sombré mercredi matin à quelques km de la côte sud de la Corée. Près de 30 corps ont été repêchés et plus de 260 personnes sont portées disparues.

Peu à peu, le pays prenait conscience de l'ampleur de la catastrophe. Les photos des victimes et les images des parents paniqués ont remplacé les émissions de variété et les feuilletons sur les chaînes.

Tout programme comportant des danses et des chants est exclu des grilles des chaînes.

"Ce n'est pas un moment pour les rires et la joie. Nous voulons porter le deuil des victimes et projeter une atmosphère aussi sombre que possible", explique Han Kyung-Chun, producteur sur la chaîne télévisée KBS.

Les deux principaux partis politiques du pays ont imposé une suspension de la campagne pour les élections locales prévues pour juin.

Les entreprises publiques et privées ont annulé les fêtes, coktails et dîner de travail, les autorités provinciales ont suspendu les festivals, concerts et feux d'artifice.

- Prières dans 2.500 temples -

Des dizaines de stars de la pop coréenne -- la célèbre K-pop -- ont repoussé la sortie de leurs albums et annulé des concerts ou événements de promotion.

La sortie de l'album du boys band EXO prévue pour la semaine prochaine, est repoussée sine die.

"Nous avons pris cette décision car nous en sommes en deuil des personnes décédées et nous voulons prier pour le retour de celles qui sont portées disparues", indique le producteur de musique dans un communiqué.

Les trois principaux brasseurs, Lotte, Oriental Brewery et Hite Jinro, ont retiré leurs publicités qui se déroulent dans une atmosphère festive. Les matches de basket et de foot ont lieu sans pom pom girls et la musique a nettement baissé de volume.

Le principal ordre bouddhiste du pays a lancé une prière nationale, dans ses 2.500 temples à travers le pays, pour le retour des disparus.

Les 352 lycéens à bord du ferry, dont bon nombre manquent à l'appel, fréquentaient une école à Ansan, au sud de Séoul. La ville entière a pris le deuil. Des centaines de jeunes et leurs parents se sont réunis dans la cour de l'établissement jeudi soir, en larmes le plus souvent, et une bougie à la main.

"Ne perds pas espoir", "ton sourire me manque" ... ont-ils écrit sur des messages qu'ils éclairaient avec la bougie ou l'écran de leur smartphone.

- 'Incapables de sauver nos enfants' -

D'autres veillées sont prévues dans plusieurs villes du pays, y compris la capitale, Séoul.

L'échelle de la catastrophe secoue les fondations de la quatrième économie d'Asie, fière d'être devenue un pays riche et moderne en quelques petites décennies, alors qu'elle était pauvre et ruinée après la guerre de Corée (1950-1953).

Un incendie dans une station de métro avait fait 192 morts en 2003. A part cet accident, le pays n'a connu aucune catastrophe majeure depuis près de vingt ans.

Les réseaux sociaux regorgeaient de messages de désespoir mais aussi de colère, face à des secours considérés comme peu efficaces.

"Quel est l'intérêt d'avoir l'internet le plus rapide du monde, les smartphones les plus cool, les meilleurs chantiers navals lorsqu'on n'est pas capable de sauver nos enfants?", interroge un internaute sur Naver.com, un portail très populaire.

"Je pensais que notre pays était plus développé que l'Indonésie ou le Bangladesh. J'avais peut-être tort", renchérit un autre.

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