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Le procureur Gerrie Nel, infatigable lutteur de la justice sud-africaine

18/04/2014 07:12 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

Pitbull, bouledogue ou bull-terrier... Comme l'indiquent ses surnoms, le procureur Gerrie Nel ne lâche rien. Face au champion paralympique Oscar Pistorius ou aux témoins de la défense qu'il a malmenés cette semaine, il donne une rare image positive des services publics sud-africains.

Au distingué géologue Roger Dixon, appelé à la barre par la défense pour contester les expertises de l'accusation, Gerrie Nel a fait admettre qu'il était un "profane" et qu'il n'avait eu aucune formation en mesure du son et de la lumière, en balistique ou en médecine légale.

"Que fait un pitbull? Il mord!", a plaisanté M. Dixon en quittant le tribunal de Pretoria jeudi. "Bien sûr, je boirai beaucoup plus de bières ce soir", a-t-il ajouté.

Gerrie Nel, déjà bien connu dans les prétoires sud-africains, ne laisse rien passer dans le procès d'Oscar Pistorius, qu'il accuse d'avoir sciemment abattu son amie Reeva Steenkamp au petit matin de la Saint-Valentin 2013.

Ses contre-interrogatoires sont si serrés que la Commission des droits de l'homme sud-africaine a été saisie d'une plainte --finalement rejetée-- et que la juge Thokozile Masipa a dû le rappeler à l'ordre à plusieurs reprises.

Oscar Pistorius a été essoré pendant cinq jours par l'infatigable procureur, qui est passé du sérieux à l'ironie, des menaces à la colère.

"Vous avez fait une +erreur+?", a quasiment crié Nel, quand Pistorius disait qu'il avait tué Reeva "par accident", croyant avoir affaire à un cambrioleur.

"Vous avez tué une personne, c'est ce que vous avez fait! Vous avez fait feu et vous l'avez tuée, allez-vous en prendre la responsabilité?"

Les dix écrans de télévision du tribunal se sont ensuite soudainement teintés de rouge quand Nel a projeté une image la tête ensanglantée de la victime, un geste brutal même pour une justice sud-africaine habituée aux chocs.

"C'est ça", a dit Nel se tournant vers Pistorius, n'ayant que faire de ses sanglots. "Jetez un oeil là, je sais que vous ne voulez pas parce que vous ne voulez pas prendre la responsabilité!"

- L'ex chef de la police à son tableau de chasse -

Le contre-interrogatoire de Gerrie Nel a montré plusieurs incohérences dans la version de l'athlète. Pistorius, qui disait avoir agi en état de légitime défense, a même reculé. Il a fini par dire qu'il avait accidentellement appuyé sur la gâchette.

"Votre version est tellement improbable que personne ne pensera jamais que c'est raisonnablement peut-être vrai. Elle est donc impossible", a tonné le procureur. "Votre version... est un mensonge!"

Grâce à sa combativité, Gerrie Nel s'est fait de nombreux admirateurs en Afrique du Sud, où les travailleurs du secteur public sont souvent considérés comme corrompus et incompétents.

Beaucoup ont été soulagés aussi.

Au début du procès, l'avocat de la défense Barry Roux, pointant les grossières erreurs des enquêteurs, avait donné l'impression qu'on peut se sortir facilement d'un cas difficile avec un peu d'argent.

La performance de Gerrie Nel a montré que des personnes qualifiées choisissent encore de travailler pour l'Etat, quand bien même elles pourraient gagner beaucoup plus dans le privé.

Le procureur s'était déjà fait un nom pour avoir fait emprisonner en 2010 l'ancien chef de la police sud-africaine et ex patron de l'Interpol Jackie Selebi, corrompu par un réseau de crime organisé.

Son inlassable poursuite de Selebi --qui bénéficiait d'importants appuis politiques-- lui a valu un prix de l'Association internationale des procureurs, mais aussi de farouches inimitiés.

Un groupe de policiers armés l'a ainsi arrêté devant sa famille en 2008, l'accusant de fraude, parjure et obstruction du cours de la justice, des charges finalement abandonnées.

Et la suppression par le président sud-africain Jacob Zuma de l'équipe d'élite de lutte contre la criminalité des Scorpions, qu'il dirigeait, a achevé d'assoir sa réputation d'homme intègre. Les Scorpions avaient enquêté sur Zuma pour fraude.

Gerrie Nel, dont l'âge n'a pas été confirmé officiellement, entraîne des garçons à la lutte quand il ne poursuit pas les criminels en justice.

"Il a une patience infinie et ne perd jamais son sang-froid. Les enfants l'adorent", a raconté la mère d'un de ses élèves à l'hebdomadaire afrikaans Rapport.

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