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Le Mexique, terreau de la création et du succès de Garcia Marquez

17/04/2014 05:17 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

Venu au Mexique en 1961, "sans nom et sans un sous en poche", le Colombien Gabriel Garcia Marquez trouva dans ce pays le terreau de ses oeuvres majeures, celles qui devaient le mener à une renommée mondiale.

Avec son épouse Mercedes Barcha et son fils Rodrigo l'écrivain, alors âgé de 34 ans, débarque après une "traversée héroïque" de quatorze jours en autobus, en provenance de New York.

"Gabo" s'était décidé à s'installer au Mexique d'abord en raison de son amitié avec son compatriote et poète Alvaro Mutis et avec l'intellectuel catalan Luis Vicens, tous deux déjà installés à Mexico.

Le père du "réalisme magique" y trouva un refuge fécond où il écrivit une grande partie de son oeuvre, en particulier "Cent ans de solitude" (1967) et où il apprit, stupéfait, l'annonce de son prix Nobel de littérature en 1982.

"Gabo est arrivé au Mexique avec une main devant et une main derrière. Ce sont les amis qui l'ont aidé à s'y sentir chez lui, à aller de l'avant. Il était arrivé en 1961 en plein désarroi et ça l'a aidé à planter ses racines", raconte à l'AFP son ami, l'historien mexicain Jorge Hernandez.

Ses premiers boulots pour des agences publicitaires, comme scénariste de cinéma ou éditeur de petites revues lui permettaient à peine de nourrir sa famille (son second fils Gonzalo est né en 1962). Ses amis jouèrent un rôle clé pour surmonter la misère.

Dans sa maison de San Angel, au sud de la capitale mexicaine, on lui apportait à manger et on passait des nuits en discussions animées tout en suivant l'avancée des textes de Gabo. "Tant qu'il y avait du whisky, il n'y avait pas de misère", disait Garcia Marquez en se souvenant avec nostalgie de ses années, paradoxalement heureuses.

Sa situation financière était si délicate, que lorsqu'il décida de se consacrer exclusivement à l'achèvement de "Cent ans de solitude", après avoir déjà écrit quatre livres, il devait neuf mois de loyer à son propriétaire.

Il fallut ensuite trouver l'argent pour envoyer le manuscrit en Argentine. "Nous étions si habitués à ces soucis quotidiens (...) que nous ne pensions pas trop aux solutions. On a ouvert le paquet, on l'a divisé en deux parties égales et envoyé une moitié à Buenos Aires. Ce n'est que quelques jours après que nous avons envoyé l'autre partie, en nous rendant compte qu'on avait d'abord envoyé la fin", a-t-il raconté.

- Dans la "ville luciférienne" -

Une fois la gloire et l'aisance venues, Garcia Marquez prit ses habitudes dans le centre historique de Mexico. Il y déjeunait dans un grand hôtel ou allait boire un verre au bar "La Opera". Les personnalités comme l'ex-président Carlos Salinas (1984-1990) ou le magnat des télécommunications Carlos Slim appréciaient de se montrer en sa compagnie, se souvient l'écrivaine et journaliste mexicaine Elena Poniatowska.

Elle le décrit à l'AFP comme une homme "affectueux", "souriant", "sensible" et "très accessible". Elle se souvient aussi avoir été témoin de l'un des épisodes les plus fameux - et les plus mystérieux - de la littérature latino-américaine: en 1976, après une séance de cinéma, l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa (Nobel de littérature 2010) "lui donna un coup de poing qui l'envoya à terre",

"Nous étions totalement abasourdis", raconte-t-elle à l'AFP ajoutant qu'elle s'empressa de soigner l'oeil au beurre noir de Garcia Marquez avec une tranche de viande. Aujourd'hui encore, elle n'a pas d'explication à cet incident qui mit une point final à cette amitié célèbre.

Mais Mexico fut aussi un lieu d'amitiés durables pour Garcia Marquez, notamment avec les grands écrivains du cru, Octavio Paz, Carlos Fuentes ou Juan Rulfo.

Mexico a toujours été pour Gabo "son refuge, le lieu qui lui procurait de la stabilité", selon son biographe britannique Gerald Martin.

"Une grande partie de ma vie et de celle des miens est ancrée dans cette ville luciférienne", écrivait-il en 1983. "C'est là que j'ai écrit mes livres, c'est là que j'ai élevé mes enfants et c'est là que j'ai planté mes arbres".

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