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La sécurité des chauffeurs de taxi de Montréal préoccupe

17/04/2014 01:38 EDT | Actualisé 17/04/2014 01:39 EDT
Adam Gault via Getty Images

Vols qualifiés, homicides, insultes, refus de payer et stress… De par la nature de leur travail, les chauffeurs de taxi de Montréal s'exposent à de nombreux dangers. «En plus de 40 ans de carrière, j’ai parcouru quelque 5 millions de kilomètres, souligne Pierre Jetté, ça en fait des clients et des histoires!» Malgré les risques, le chauffeur de nuit ne changerait pourtant pas de métier. Mais avec l’expérience, il se fait prudent. «Je crois que la sécurité des chauffeurs passe par la prudence personnelle».

Depuis la mort du chauffeur Ziad Bouzid dans la nuit du 20 novembre 2013 dans le quartier Côte-des-Neiges, l’industrie est en réflexion sur les mesures qui pourraient être prises pour assurer la sécurité aux chauffeurs des 4 400 taxis de la région métropolitaine. C’est pourquoi le Bureau de Taxi de Montréal (BTM ) et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) unissent leurs efforts pour rendre l’industrie du taxi plus sécuritaire. Huit recommandations visant l’optimisation de la sécurité des chauffeurs de taxi ont été proposées à la Commission sur les transports et les travaux publics dans le cadre d’une consultation publique.

Selon les données recueillies par le SPVM, le taux de criminalité envers les chauffeurs est en baisse. Le nombre de vols qualifiés contre les chauffeurs est passé de 76 en 2007 à 22 en 2013, ce qui est une diminution semblable à celle observée à l’échelle montréalaise. Pourtant, ces travailleurs ne se sentent pas toujours en sécurité. L’inquiétude est présente, mais les chauffeurs aiment leur métier et veulent continuer de l’exercer. «Je veux continuer et je ne dois pas avoir peur de continuer, confie Robert Grondin, chauffeur de la compagnie Taxi Diamond, c’est chacun son destin, j’imagine.» Celui qui était le partenaire de travail de Ziad Bouzid croit que l’application de certaines mesures pourrait être dissuasive dans des cas comme celui-là. «Des caméras seraient certainement utiles à bord des taxis», croit-il. Il n’est pas le seul à le croire.

Une des huit propositions est d’obliger, par voie réglementaire, l’installation de caméra de sécurité à bord des véhicules. Malgré les coûts encourus, cette mesure semble être acceptée par la communauté des chauffeurs de taxi de la ville. «La vie des chauffeurs à un coût», soutien Benoit Jugand, directeur de BTM. Le chauffeur Pierre Jetté croit également que ces caméras ont de bons côtés, mais qu’elles ne sont pas une mesure préventive, mais bien dissuasive. Une étude menée dans quatre villes américaines a démontré que l’installation obligatoire de caméra de sécurité a réduit le taux d’homicide à zéro.

Assurer sa sécurité

Un sondage mené auprès de 140 chauffeurs de taxi montréalais démontre que la période de travail qu’ils craignent le plus est la nuit. 40% des vols qualifiés se produisent entre 2h et 5h du matin. «Je me suis fait au fil du temps une clientèle privée», mentionne Pierre Jetté, ce qui lui permet d’éviter certaines courses dangereuses. Depuis de nombreuses années, les mêmes quartiers sont plus à risques pour les conducteurs: Montréal Nord, St-Michel et Lachine, pour ne nommer que ceux-là…Certains chauffeurs évitent simplement de s’y rendre. Et quand ils s’y rendent, ils doivent redoubler de prudence.

De par son expérience, Pierre Jetté tente d’évite les embrouilles. «Je remarque le visage des clients, je les laisse parler et surtout, je ne prends pas de clients qui me semblent louches», dit-il. Et s’il se fait malgré tout attaquer et voler, comme cela lui est arrivé à 8 ou 9 reprises, ou qu’un client part sans payer sa course, il ne résiste pas. Et il est heureux de ne plus avoir l’obligation d’attacher sa ceinture, car il s’est déjà fait étrangler avec par un client. «Il vaut mieux perdre quelques dollars que la vie en ripostant», croit-on du côté du SPVM.

La majorité des crimes ne sont pas déclarés par les chauffeurs. Les vols qualifiés suite à un refus de payer, qui représentent 25% des crimes contre les chauffeurs, sont peu signalés, car considérés comme peu graves. Les chauffeurs qui se sentent menacés peuvent utiliser le bouton d’urgence situé dans leur taxi, ou encore appeler la police après les faits. Mais peu le font, car comme leur vie n’est plus en danger, c’est une perte de temps et d’argent pour eux. Mais grâce aux caméras de sécurité, les clients malhonnêtes pourraient être interceptés.

L’adoption des recommandations présentées à la Commission par le BTM et le SPVM se fera le 21 mai, après les auditions des commentaires et des mémoires.

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